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27.1.26

Déclaration relative à la suppression de la chaîne YouTube de l’Association Droits de l’Homme en Asie Centrale

 

L’Association Droits de l’Homme en Asie Centrale (AHRCA) informe que, le 23 janvier 2026, la plateforme YouTube a supprimé la chaîne officielle de notre organisation — AHRCA.ORG — à la suite de la réception de trois notifications alléguant une violation du droit d’auteur.

Les vidéos contestées étaient des publications journalistiques et de défense des droits humains, comprenant des entretiens, des citations de déclarations publiques et des analyses portant sur des questions d’intérêt public majeur. Le contenu était non commercial et utilisé exclusivement pour informer le public sur la situation des droits humains dans les pays d’Asie centrale, notamment en vue de documenter des violations graves.

Les notifications pour violation du droit d’auteur ont été soumises par des particuliers et de petits comptes qui ne sont ni des titulaires reconnus de droits ni des acteurs médiatiques professionnels. Deux des personnes mentionnées comme plaignants ont déjà confirmé qu’elles n’avaient déposé aucune plainte contre notre organisation et n’avaient aucune revendication à notre égard.

Conformément à la procédure actuelle du DMCA (Digital Millennium Copyright Act), YouTube applique un mécanisme automatisé de suppression des contenus et des chaînes après réception de trois plaintes, sans évaluation préalable du contexte, du caractère d’intérêt public des matériaux ni du risque d’abus de ce mécanisme. Bien que cette pratique soit formellement conforme à la procédure, elle crée un risque élevé d’utilisation abusive des outils du droit d’auteur à l’encontre de contenus journalistiques, de défense des droits humains ou d’intérêt public.

À la suite de la suppression de la chaîne AHRCA.ORG, notre organisation a été temporairement privée de l’un de ses principaux outils de diffusion d’informations d’intérêt public. La chaîne hébergeait des archives uniques, notamment des entretiens avec des défenseurs des droits humains et des experts (dont certains aujourd’hui décédés), ainsi que des témoignages documentés relatifs à la torture et à d’autres violations graves des droits humains dans les pays d’Asie centrale. La restriction d’accès à ces matériaux porte atteinte au droit du public à l’information et aux efforts de préservation de la mémoire des violations des droits humains.

À ce stade, l’Association Droits de l’Homme en Asie Centrale agit strictement dans le cadre légal : des contre‑notifications officielles au titre du DMCA ont été déposées, et des recours ont été adressés à des organisations internationales compétentes en matière de liberté d’expression et de journalisme indépendant.

Notre analyse indique que la suppression de la chaîne AHRCA.ORG est intervenue dans une période d’attention publique accrue autour de l’émission « La fille de Mirziyoyev cherche‑t‑elle le pouvoir ? Comment l’Ouzbékistan est devenu le jouet d’une “princesse” autoritaire », réalisée par le projet médiatique numérique kazakh AIRAN et publiée sur YouTube le 30 décembre 2025. Nous relevons cette chronologie comme un élément nécessitant une attention et une évaluation indépendantes supplémentaires, sans tirer de conclusions prématurées quant à l’existence d’un lien de causalité direct.

Afin de prévenir la poursuite de pratiques abusives dans l’application des mécanismes de protection du droit d’auteur sur la plateforme YouTube, l’Association Droits de l’Homme en Asie Centrale a sollicité des experts internationaux afin de mener un examen complet et indépendant des abus de la procédure DMCA ayant conduit à la suppression de comptes YouTube sur des fondements erronés.

Nous considérons les faits survenus comme une forme de pression numérique transnationale exercée par l’utilisation abusive de mécanismes juridiques privés et entraînant une restriction disproportionnée de la liberté d’expression et de l’accès à des informations d’intérêt public, en contradiction avec les normes internationales relatives à la liberté d’expression.

L’Association Droits de l’Homme en Asie Centrale continuera d’informer le public et ses partenaires internationaux de l’évolution de la situation.




6.5.15

Intervention lors de la réunion de la sous-commission “droits de l’homme” du Parlement européen dans le contexte du dialogue “Union européenne - Asie centrale. Stratégie d’un nouveau partenariat”

Bruxelles, Belgique


Mesdames, messieurs,

Je m’adresse ici à tous ceux présents dans cette salle. Je souhaiterais attirer votre attention sur la situation des droits de l’homme en Ouzbékistan, dix ans après la tragédie d’Andijan.

Le meurtre de masse commis par le gouvernement du dictateur Islam Karimov, le 13 mai 2005, est un crime auquel aucun délai de prescription ne s’applique. Et la nécessité qu’une enquête internationale indépendant soit menée persiste.

L’utilisation non justifiée d’armes à feu a provoqué de nombreuses victimes. La tragédie d’Andijan est une conséquence légale de la politique de répression mise en place par le régime d’Islam Karimov. Cette politique exclut tout respect de la Constitution et des accords internationaux conclus en matière de droits de d’homme, et ratifiés par l’Ouzbékistan.

Les sanctions adoptées par l’Union européenne à l’encontre de l’Ouzbékistan, après la tragédie d’Andijan, a envoyé un signal fort, montrant que l’Union européenne se préoccupait du respect des droits de l’homme. Cependant, les sanctions ont été levées, alors même que les conditions à cette suppression n’avaient pas été remplies. Puis, en 2007, l’Union européenne a ouvert un dialogue avec le gouvernement d’Ouzbékistan en matière de droits de l’homme. Un marchandage politique a ainsi débuté face à la détérioration de la situation des droits de l’homme en Ouzbékistan.

Actuellement, plus de 200 mille personnes sont emprisonnées, et non 46 mille, selon les données officielles. Parmi eux près de 12 mille personnes sont des prisonniers politiques, dont 40 activistes de la société civile. L’ancien député du Parlement d’Ouzbékistan Mourad Djouraev s’est vu prolonger sa peine d’emprisonnement à cinq reprises successivement : cela fait 21 ans qu’il est incarcéré. Les défenseurs des droits de l’homme Isroil Kholdarov, Azam Farmonov, Ganikhon Mamatkhanov et le journaliste Moukhammad Bekjanov purgent actuellement une peine de prison qui a déjà été reconduite une fois.

Toutes les tentatives pour contester ces condamnations sont restées lettres mortes face à une Justice dépendante de l’exécutif, au même titre que le pouvoir législatif. A l’issue des dernières élections législatives, huit juges, dont l’un est également membre d’un parti politique, ont été élus députés. Cela ne fait que peu de temps que leurs prérogatives attachées à leur fonction judiciaire leur ont été retirées. Et le fait que le président de la Cour constitutionnelle, également président de la Commission électorale, les ait autorisés à se présenter aux élections témoigne d’irrespect total envers la Constitution. Tout comme le fait que le dictature Islam Karimov soit reconduit à la présidence du pays pour la quatrième fois successive.

Au cours des dix dernières années, 487 activistes de la société civile ont été victimes de répression, tandis que leurs proches souffrent de discrimination. Chaque année, le nombre de réfugiés originaires d’Ouzbékistan augmentent. Pendant cette période, notre organisation a reçu des demandes d’aide de plus de 1112 réfugiés ouzbékistanais. Il est impossible de connaître le nombre exact de réfugiés ouzbékistanais à travers le monde, car tous ne s’adressent pas au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Jusqu’à présent, les procédures pour obtenir le statut de réfugiés n’étaient pas connues de tous, et beaucoup préfèrent ainsi rester dans l’illégalité. Sur la base d’accusations fabriquées de toutes pièces, des avis de recherches ont été lancés via Interpol à l’encontre de milliers de citoyens ouzbékistanais, notamment à l’encontre de tous ceux qui ont été témoins de la tragédie d’Andijan, des célèbres défenseurs des droits de l’homme Loutfoullo Chamsoutdinov et Mouzaffarmirzo Iskhakov, et de bien d’autres encore.

Il est inadmissible de poursuivre un dialogue strictement formel sur les droits de l’homme entre l’Union européenne et l’Ouzbékistan. Cela mène à une augmentation du nombre des victimes de violations des droits de l’homme et des réfugiés ouzbékistanais, y compris illégaux.

Les gouvernements des États membres de l’Union européenne prêtent toujours moins attention à la situation des droits de l’homme en Ouzbékistan. Ils multiplient toujours plus les obstacles pour accueillir les réfugiés ; les demandes adressées par des organisations de défense des droits de l’homme aux services de migration restent souvent sans réponses. Et cela, même quand les conclusions des défenseurs des droits de l’homme concernant les violations des droits des réfugiés sont documentées et fondées sur des preuves concrètes. Non seulement la justice et les organes du pouvoir ouzbékistanais ignorent les plaintes des victimes de tortures, mais désormais les pays européens ont également cessé de réagir. Ainsi, un groupe de citoyens ouzbékistanais a été contraint de quitter la Norvège. Après leur retour forcé en Ouzbékistan, en totale violation du principe de présomption d’innocence, on les a qualifiés à la télévision, avant leur procès, de “terroristes” et de “traîtres à la patrie”. Ensuite, ils ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu’à douze ans de réclusion. Tous ont été victimes d’actes de torture. Cela a été l’une des conséquences de la politique norvégienne. Peu de temps après, ce pays a décidé d’interrompre temporairement les expulsions des demandeurs d’asile ouzbékistanais vers leur pays d’origine. Cependant, la Norvège refuse toujours d’accorder l’asile même aux défenseurs des droits de l’homme ouzbékistanais. Cette pratique se retrouve également en Suède, en Lettonie, en Pologne. La France et la Grande-Bretagne ont aussi arrêté d’étudier formellement les dossiers des réfugiés ouzbékistanais. Ces pays ignorent les preuves irréfutables de la pratique de la torture en Ouzbékistan et les conséquences d’un long séjour à l’étranger pour les citoyens ouzbékistanais. Si certains migrants vivent à l’étranger plus longtemps que la durée autorisée, ils deviennent alors coupables de l’infraction décrite par l’article 223 du code pénal de la république d’Ouzbékistan (sortie illégale du territoire ou entrée illégale en République d’Ouzbékistan).

Cette politique s’applique de plus en plus aux représentants de communautés et d’organisations religieuses, mais également aux entrepreneurs. Elle concerne en particulieur ceux qui ont été victimes d’actes de corruption et d’opérations de mainmise sur leurs biens, notamment par les proches de la fille d’Islam Karimov et par les hauts fonctionnaires de services nationaux de sécurité (SNB).

En rejetant la demande d’asile d’entrepreneurs ouzbékistanais, les services de migration ignorent le fait que le droit de propriété n’est en rien défendu en Ouzbékistan, et, que tout ce qui a trait à la fiscalité y est hautement corrompu. Le département des impôts est dirigé par l’un des plus riches et influents personnages d’Ouzbékistan, Batyr Parpiev, un proche de Roustam Inoïatov, directeur du SNB. Ce dernier est l’un des douze hauts fonctionnaires ouzbékistanais qui ont été interdits d’entrée sur le territoire de l’Union européenne de 2005 à 2009.

Pendant les 26 années de règne d’Islam Karimov, pas un directeur ou responsable, y compris le président lui-même, n’a déclaré ses revenus. En outre, leurs biens ne correspondent évidemment pas à leurs revenus officiels. Dans un tel pays, il est très difficile d’être protégé d’actes de torture, de compter sur une enquête judiciaire juste, et même de rester en vie. Voilà pourquoi désormais les entrepreneurs demandent l’asile. Certains travailleurs émigrés ouzbékistanais, qui vivent quelques mois à l’étranger, cherchent également a obtenir le statut de réfugiés. Lorsqu’ils reviennent en Ouzbékistan, on leur extorque des pots-de-vin, on les contraints sous la torture à délivrer de faux témoignages contre eux-mêmes et contre ceux avec qui ils ont été en contact à l’étranger.

Les services de migration des États membres de l’Union européenne prennent rarement en considération le fait que les réfugiés originaires des pays d’Asie centrale sont loin d’avoir la possibilité de documenter et de prouver formellement les motivations politiques de leur persécution.  En Ouzbékistan, presque tous ceux soumis à un interrogatoire n’ont pas reçu de convocation, et aucune enquête n’est menée lorsque des actes de torture sont perpétrés. Par exemple, en 2014, le défenseur des droits de l’homme Fakhriddine Tillaïev, alors en détention provisoire, a été torturé pendant l’enquête. Son avocat a alors immédiatement requis une expertise médico-légale, mais le Parquet général et le tribunal ont ignoré sa demande.

Un autre problème très grave : les services de sécurité ouzbékistanais jouissent de pouvoirs illimités. Ils sont ainsi mandatés au sein de l’Organisation de coopération de Shanghaï et de l’Organisation du traité de sécurité collective. Les échanges de réfugiés avec la Russie, le Kirghizstan, le Kazakhstan et le Tadjikistan sont devenus des pratiques habituelles. Plus de 100 réfugiés originaires de Och, vivant en Ouzbékistan illégalement et soumis à un contrôle total de la part du SNB, sont menacés d’être expulsés vers le Kirghizstan. 

Au cours des quatre derniers mois, notre organisation a comptabilisé quatorze cas d’enlèvements et de disparitions de citoyens ouzbékistanais. Depuis 2007, trois personnes ont été assassinées en raison de leur opposition politique au régime d’Islam Karimov, tandis que plusieurs attentats pour des motifs politiques ont été commis : à l’encontre de Moukhammad Salikh en Norvège et en Turquie, et à l’encontre de l’autorité religieuse Obid kori Nazarov en Suède. Nous observons également que beaucoup de réfugiés politiques en Suède, en Norvège, aux Pays-Bas, en France, au Canada et aux États-Unis sont menacés ou victimes de chantage. Nous avons l’intention de saisir de cette question les Parquets généraux de ces pays. 

Selon les informations de notre organisation, des diplomates ouzbékistanais participent à ces activités. Si jusqu’en 2007, le corps diplomatique d’Ouzbékistan était composé à hauteur de 20% d’anciens fonctionnaires des services nationaux de sécurité et de leurs agents, ces derniers en constituent désormais plus de 50%. Selon une source fiable, les ambassades d’Ouzbékistan coordonnent les activités de renseignement dans les États membres de l’Union européenne. Toutes les candidatures à des fonctions diplomatiques sont confirmées par le SNB. Nous avons remarqué que des oligarques ouzbékistanais, contrôlés par le SNB, sont impliqués dans les menaces adressées aux réfugiés politiques et dans les agressions de ces derniers. L’ancien premier adjoint du directeur des services de sécurité, Khaïot Charifkhodjaïev, et sont petit frère, Djavdat Charifkhodjaïev, actuellement en prison, sont célèbres dans l’opinion publique. Quelques années auparavant, grâce à leurs postes dans la fonction publique, ils ont soumis de riches entrepreneurs au chantage, obligeant certains à financer des opérations spéciales de liquidation d’opposants au régime d’Islam Karimov vivant à l’étranger. Tous ont en leur possession les preuves indispensables pour contrer cette pratique.

En dix ans, l’Association des Droits de l’homme en Asie centrale a recensé 114 cas de meurtres, d’enlèvements, et de disparitions, auxquels ont participé le SNB, des diplomates et des oligarques.

En Ouzbékistan, les citoyens originaires du Karakalpakstan sont victimes de discrimination. Ils ne sont pas persécutés seulement pour leur opinion politique ou militantisme en faveur de l’indépendance de cette république autonome. Alors qu’ils sont victimes de la pollution de leur environnement naturel, pas un n’a encore été reconnu “réfugié environnemental”. Dans le cadre du dialogue sur les droits de l’homme, il est indispensable d’inclure un programme de soutien à la population du Karakalpakstan.

Il est inadmissible de poursuivre un dialogue strictement formel sur les droits de l’homme entre l’Union européenne et l’Ouzbékistan. Le dialogue actuel ne fait qu’encourager la répression et nécessiterait d’une réforme en profondeur.

Il est indispensable que l’Union européenne revienne à ses premières exigences, qui avaient été adressées au gouvernement d’Ouzbékistan lors de l’annulation des sanctions en 2009, et qui depuis lors n’ont toujours pas été remplies. Il est également grand temps d’appliquer larésolution adoptée par le Parlement européen en octobre 2014. Le Parlement européen doit rappeler encore une fois qu’il est très important que l’Union européenne mène une politique cohérente envers l’Ouzbékistan.


1. une enquête internationale indépendante sur la tragédie d’Andijan qui s’est produite en 2005;

2.  la libération des défenseurs des droits de l’homme et des autres activistes de la société civile emprisonnés;

3. le rétablissement de l’accréditation de Human Rights Watch et de ses représentants dans le pays;

4. la création des conditions nécessaires aux visites des délégués du Comité international de la Croix-Rouge des lieux de privation de liberté;

5. la suppression de la pratique du travail forcé;

6. l’autorisation pour les onze Rapporteurs spéciaux thématiques des Nations unies d’entrer sur le territoire ouzbékistanais.

7. Comme le gouvernement d’Ouzbékistan refuse de coopérer avec les organes de défense des droits de l’homme des Nations unies, et viole de manière grossière et systématique les droits de l’homme, il faut que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies soutienne les Rapporteurs spéciaux concernant l’Ouzbékistan.

Mesdames, messieurs,

À la veille de la commémoration des dix ans de la tragédie d’Andijan, je m’adresse à nouveau à vous. J’espère sincèrement, qu’une nouvelle stratégie pour les relations de l’Union européenne avec l’Ouzbékistan sera adoptée. En tant que citoyenne ouzbékistanaise, je souhaite que la liberté d’expression soit respectée dans mon pays, qu’un système de justice indépendant y voit le jour, que de solides conditions pour la défense des droits et des libertés fondamentaux y soient créées. L’Union européenne a la possibilité ici de contribuer de manière historique au développement démocratique de l’Ouzbékistan.


Nadejda Atayeva



16.4.15

Les services spéciaux du Kirghizstan et d’Ouzbékistan ont convenu d’un échange de réfugiés

Après avoir listé dans le plus grand secret les réfugiés vivant sur leurs territoires, les services spéciaux d’Ouzbékistan et du Kirghizstan ont conclu un accord sur leurs extraditions respectives vers l’un et l’autre pays.
En avril 2015, lors d’une rencontre à huis clos, les représentants des services spéciaux d’Ouzbékistan et du Kirghizstan ont approuvé une liste de personnes vivant dans l’un et l’autre pays et faisant l’objet d’un avis de recherche. Ces renseignements ont été délivrés par une source fiable au Kirghizstan s’étant illustrée jusqu’à présent par la transmission d’informations justes et vérifiées.
Nombreux sont les réfugiés inscrits sur cette liste qui sont en droit de bénéficier d’une protection selon les critères définis par la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés.
L’Ouzbékistan a demandé à son voisin kirghizstanais l’extradition de réfugiés, originaire du Karakalpakstan (République autonome d’Ouzbékistan). Les autorités ouzbèkistanaises considèrent que ces derniers sont des “séparatistes” dans la mesure où ils s’affirment en faveur de l’indépendance du Karakalpakstan. Plus de cinquante Karakalpaks vivant actuellement au Kirghizstan sont menacés d’extradition. En cas de retour forcé en Ouzbékistan, ils seront torturés, soumis à de longues peines d’emprisonnement, et/ou tués. Leurs proches et les personnes avec lesquelles ils ont pu entretenir une quelconque relation jusqu’à leur émigration, se trouvent actuellement en prison ou sont soumis à une étroite surveillance des services spéciaux ouzbékistanais.
Le Kirghizstan a requis en échange l’extradition d’Ouzbeks (par leur appartenance ethnique) ayant la nationalité kirghizstanaise, poursuivis pour avoir participé aux évènements de Och en juin 2010. Près de 100 Ouzbeks originaires du Sud du Kirghizstan vivent actuellement en Ouzbékistan. En cas de retour forcé au Kirghizstan, ils risquent d’être soumis à des actes de torture, d’être emprisonnés à vie, si ce n’est d’être tués, tandis que leurs biens seront confisqués, et leurs proches discriminés pour leur appartenance ethnique. Au Kirghizstan,  les juges et les avocats sont systématiquement soumis aux pressions du pouvoir, des nationalistes et du crime organisé. Dans ce contexte, les Ouzbeks kirghizstanais sont dans l’impossibilité de bénéficier d’un procès juste et impartial, comme le montrent les procès d’Azimjon Askarov, de dilmourad Khaïdarov, de Mirzakhid Vakhabjanov et de bien d’autres encore.
Tous les Ouzbeks qui ont quitté le Sud du Kirghizstan sont soumis depuis les évènements de Och, cinq ans auparavant, à une surveillance étroite de la part des Services nationaux de sécurité ouzbékistanais (SNB). Leur liberté de mouvement est restreinte et leurs tentatives de légaliser leur statut se révèlent impossibles dans la mesure où le SNB leur a confisqué leur passeport. Par leur situation, ce sont des réfugiés. Ils ont quitté leur pays car ils étaient menacés de mort suite au conflit interethnique dans le Sud du Kirghizstan, et vivent désormais en Ouzbékistan illégalement. Cependant, les autorités ouzbékistanaises ne les autorisent pas à légaliser leur situation, et les placent dans une situation de dépendance totale vis-à-vis des décisions prises par les différentes institutions publiques, sans que les organisations internationales et les observateurs indépendants ne puissent intervenir.
Dans le cas où ces réfugiés seraient échangés et extradés, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan démontreraient encore une fois leur absence totale de volonté concernant le respect de leurs engagements internationaux dans le domaine des droits de l’homme, et la garantie des droits fondamentaux.
L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale exhorte les acteurs suivant à intervenir dans cette situation :
 le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme
 le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
 le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture
 le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe
 Représentant spécial de l’Union européenne pour l’Asie centrale
L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale en appellent à toutes les missions diplomatiques et aux médias d’informations pour faire cesser les extradition de masse de réfugiés vers leurs pays d’origine, où ils sont menacés de mort. Elle les exhorte à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que le statut de ces personnes, qui nécessitent d’une protection internationale, soit légalisé.



7.4.15

Ouzbékistan : l’avocate Polina Braounerg interdite de sortie de territoire par les autorités

Alors que l’avocate Polina Braounerg prévoyait de partir à l’étranger pour recevoir des soins médicaux spécifiques dont elle a besoin urgemment, les autorités ouzbèkes lui ont interdit de quitter le territoire.  

Polina BRAOUNERG
Polina BRAOUNERG est née le 11 octobre 1948 au Kazakhstan, dans la région d’Akmolin. Elle est citoyenne de la République d’Ouzbékistan.

Elle a suivi des études supérieures.

Elle a reçu le statut d’invalide de groupe 1.

Après avoir fini ses études, elle a travaillé pendant trois ans en tant qu’enquêtrice au sein du commissariat de la ville d’Almalyk. Dès sa prise de fonction, elle a été confrontée à de graves violations de la loi. Au même titre que d’autres enquêteurs, elle a été obligée de désigner comme coupables, dans des affaires non élucidées de meurtres, de vols ou de brigandage, des personnes décédées en s’appuyant sur de faux témoignages.

Refusant plus longtemps d’enfreindre la loi sur l’ordre de ses supérieurs, Polina Braounerg a démissionné des organes de police. Elle a commencé dés 1976 à travailler comme avocate, et est depuis lors connu dans la société civile pour son courage et sa droiture.

Mme Braounerg a défendu les cas de plusieurs défenseurs des droits de l’homme, notamment ceux de Fakhriddin Tillaïev et de Nouraddin Djoumaniïazov, alors en prison. Aujourd’hui, elle représente les intérêts de deux voix critiques du pouvoir actuellement emprisonnées : ceux de Mourad Djouraïev, ancien député du Parlement ouzbek, et ceux de Chavkatjon Khajikhanov, défenseur des droits de l’homme et ancien rédacteur en chef de la revue Erk (du même nom que le parti politique de Moukhammad Bekjanov notamment).

Polina Braounerg a accompli un immense travail en établissant les causes de la mort de Nilioufar Rakhimadjanova, condamnée à une peine de dix ans d’emprisonnement, et décédée en novembre 2014 dans une colonie pénitentiaire pour femmes.

  • Chronologie
12 novembre 2014 : Polina Braounerg a déposé les documents nécessaires pour recevoir l’autorisation de quitter le territoire auprès du département des entrées, des sorties et de la citoyenneté de la région de Tachkent, affilié au ministère de l’Intérieur (acronyme en russe: UVVIG, anciennement OVIR - service chargé de délivrer les autorisations de sortie du pays et d’enregistrer les résidents ou les citoyens étrangers en URSS avant 1991).

5 décembre 2014,  date à partir de laquelle le passeport de Polina Braounerg aurait dû être délivré par l’UVVIG de la région de Tachkent. Mme Braounerg n’a cependant pas pu le récupérer ce jour-là, ni les 12 et 19 décembre suivants.

26 décembre 2014 : après s’être enquis à plusieurs reprises des suites de sa demande d’autorisation de sortie du territoire, Polina Braounerg reçut un refus officiel. Elle adressa alors une lettre au Procureur général pour dénoncer les infractions à la loi commises par l’UVVIG de la région de Tachkent. Une réponse formelle lui fut envoyée dans laquelle on la renvoya au point 3 du décret ministériel de la République d’Ouzbékistan n°8 émis le 6 janvier 1995, et qui spécifiait qu’elle était interdite de sortie de territoire sans en indiquer les raisons.

Son passeport lui a été ensuite renvoyé, mais sans le tampon officiel nécessaire à la sortie du territoire.

L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale - AHRCA considère que l’avocate Polina Braounerg a été interdite de sortie de territoire en raison de son activité professionnelle. Avant que cette décision politiquement motivée n’ait été prise, Mme Braounerg a déclaré avoir reçu de nombreux appels anonymes et avoir été menacée à plusieurs reprises. Elle a également mentionné qu’elle était fréquemment suivie.

L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale souligne que dans l’affaire de Polina Braounerg plusieurs infractions à la loi ont été commises :

— Infractions aux articles suivants de la Constitution d’Ouzbékistan :
  • Article 28 :  « Tout citoyen de la République d’Ouzbékistan a le droit de circuler sur le territoire ouzbek, d’en sortir et d’y rentrer librement, à l’exception des cas précisés par la loi pour lesquels l’exercice de ces droits peut être restreint » ;
  • Article 30 « Toutes les structures d’Etat, les institutions publiques et les fonctionnaires de la République d’Ouzbékistan ont l’obligation de garantir à tous les citoyens la possibilité de prendre connaissance des documents, des décisions, et des autres actes ayant trait à leurs droits et à leurs intérêts » ;
— Infractions aux articles suivants du Pacte international relatifs aux droits civils et  politiques :
  • Article 12 <…>
2. Toute personne est libre de quitter n’importe quel pays, y compris le sien.
  • Article 19
1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.
2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.
                                  


1.4.15

Ouzbékistan : en se maintenant au pouvoir, Islam Karimov renforce la dictature


CA-News, site d’information sur l’Asie centrale, a demandé à Nadejda Atayeva, présidente de l’Association des Droits de l’Homme en Asie Centrale de partager son analyse des élections présidentielles ouzbèkes.
Les élections présidentielles se sont tenues le 29 mars 2015. Quatre candidats étaient en lice : Islam Karimov, candidat du parti libéral-démocrate d’Ouzbékistan; Narimon Oumarov, candidat du parti social-démocrate “Adolat” ; Khatamjon Ketmonov du parti démocrate populaire (anciennement parti communiste d’Ouzbékistan - OuzSSR) ; et Akmal Saïdov du parti démocrate “Milliï Tiklanich” (la “Renaissance nationale”).
Islam Karimov a été officiellement reconduit pour un nouveau mandat au poste de président. Selon la commission centrale électorale, 18 millions et 928 mille personnes (soit 91,01% de la population) auraient participé aux élections, et 90,39% des électeurs auraient voté pour M. Karimov. Vérifier la véracité de ces informations est impossible.
   1. Pourriez-vous nous livrer votre analyse des élections présidentielles qui se sont déroulées en Ouzbékistan?
  
Il s’est produit une substitution du sens du concept électoral. Les élections présidentielles en Ouzbékistan désignent un évènement officiel à l’échelle nationale, instauré dans le but de permettre au dictateur Islam Karimov de se maintenir au pouvoir. Les autres candidats ont totalement conscience qu’ils n’ont aucune chance d’être élus. Ce processus, financé par l’Etat, a été mis en place par l’ancien président de la Cour constitutionnelle d’Ouzbékistan Mirza-Oulougbek Eltchievitch ABDOUSSALOMOV. Cela n’a donc rien d’étonnant que les lois fondamentales du pays ne soient pas respectées.

Такое может происходить только в условиях диктатуры и повсеместного тотального контроля, при отсутствии оппозиции, свободы слова, свободы ассоциаций и свободы собраний. Un tel évènement ne peut se produire que dans le cadre d’une dictature où s’exerce un contrôle total sur l’ensemble du pays, où toute opposition est anéantie, et où les libertés d’expression, d’association et de réunion sont inexistantes. 

Les résultats électoraux  annoncés ont de quoi faire sourire. Il n’y a aucun suspens! Plus de 90% des voix sont en faveur d’Islam Karimov. A priori, les vrais résultats ne pourront jamais être connus.

Maintenant, il ne nous reste plus qu’à observer qui félicite Islam Karimov, qui qualifie ces élections présidentielles de parodie. 

     2. Quel sera l’avenir de  l’Ouzbékistan après ces élections?


Les perspectives sont lugubres. La moindre voix indépendante est considérée par le régime comme une tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. En réalité, il n’y a aucun ordre constitutionnel - il n’y a que le régime d’Islam Karimov. Et les dernières élections en sont la nette illustration.

La répression politique, la restriction des droits et des libertés individuelles ne cesseront pas de se renforcer. Non seulement les voix critiques sont menacées, mais également les représentants des communautés religieuses. De même, toutes les personnes ayant passé plus de trois mois à l’étranger sont dans le viseur des autorités. Ils sont interrogés à propos de ceux qui cherchent à obtenir le statut de réfugié politique. Ceux qui avouent avoir demandé l’asile à l’étranger sont publiquement désignés comme des “traîtres à la patrie”. Le tribunal ne prend pas en compte le fait que ces citoyens soient traduits en justice uniquement sur la base d’aveux obtenus sous la torture. Les chances pour les accusés de se voir reconnus non-coupables sont insignifiantes, étant donné la manipulation faite de leur cas par les propagandistes du régime de Karimov. Par la suite, les proches des victimes de violations des droits de l’homme font l’objet de discriminations et ne peuvent plus recevoir les services de l’Etat. 

Cette vague de répression est dirigée contre ceux qui ont cherché à obtenir l’asile à l’étranger et qui sont revenus en Ouzbékistan, contre leurs proches vivant en Ouzbékistan, et contre les réfugiés politiques. 

Plus de 100 cas de pressions exercées par les Services spéciaux sur les réfugiés politiques ont déjà été recensés, y compris les cas d’intimidations et les tentatives de meurtre.

En novembre 2014, on a appris qu’une “liste noire”, composée des noms de tous ceux qui sont considérés comme suspects par les Services de sécurité ouzbeks, avait été instaurée. De manière générale, Islam Karimov s’empresse de faire le vide autour de lui en matière de politique. Il souhaite, avec la participation de la majorité obéissante, éviter d’être traduit en justice. Il doit également protéger ses filles Lola et Goulnara. Cette dernière, avec son mari Temour Tillayev, collaborent étroitement avec le baron de la pègre Saline Abdouvaliev, et possèdent le monopole sur la livraison des biens de consommation sur le marché “Abdousakhiï”, et leur distribution par la compagnie de transports du même nom. En outre, Lola Karimova se cache derrière son statut de représentante de l’Ouzbékistan auprès de l’UNESCO. Cette famille de voleurs a ainsi reçu un accès illimité aux ressources budgétaires de l’Etat tout en s’enrichissant grâce à des schémas de corruption à grande échelle. Essayant de fuir ses responsabilités, elle rejette la faute sur des boucs émissaires. Ainsi, alors que le système judiciaire continue d’être subordonné au pouvoir exécutif à la tête duquel trône Islam Karimov, ce régime criminel ne peut se défaire de la pratique de la torture. Ce qui provoque une radicalisation de la société, qui est elle-même ensuite invoquée pour renforcer ce régime. 

Une réaction adéquate de la communauté internationale, ainsi que la poursuite par les défenseurs des droits de l’homme et les autres activistes de la société civile de leurs activités pourraient exercer une certaine influence sur le régime d’Islam Karimov.





16.10.12

Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères

Paris, 15 octobre 2012

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères France
Objet: Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur le Ministre,

A l’occasion de votre rencontre ce mardi 16 octobre avec M. Abdulaziz Kamilov, ministre des affaires étrangères ouzbek, nous vous appelons à exiger le respect des droits de l’homme en Ouzbékistan, ainsi que la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques.

Aujourd'hui sont notamment détenus en prison les défenseurs des droits de l'Homme, journalistes, opposants politiques et représentants religieux suivants: Solijon Abdurakhmanov, Mukhammed Begjan, Ruhiddin Fahruddinov, Azam Formonov, Isroiljon Holdarov, Abdurasul Hudoynazarov, Nasim Isaqov, Gaybullo Jalilov, Murod Juraev, Mamadali Mahmudov, Ganihon Mamathonov, Zafarjon Rahimov, Yuldosh Rasulov, Dilmurod Saidov, Agzam Turgunov.

Nos organisations souhaitent rappeler que, malgré les déclarations répétées du gouvernement ouzbek, aucune amélioration en matière de droits de l’homme n’a été constatée dans le pays ces dernières années.

La situation des droits fondamentaux est désastreuse. La torture demeure endémique. La liberté d’expression est très sévèrement limitée. L’impunité perdure à la suite du massacre d’Andijan, où des centaines de manifestants pacifiques ont été tués lors d’une répression violente menée par le régime en 2005.

Sous couvert de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, la répression continue de s'exercer de façon implacable à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme, des avocats indépendants, des journalistes, des opposants politiques et des membres de groupes musulmans indépendants. Ils sont arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue de procès iniques pour avoir défendu des droits fondamentaux, pour avoir critiqué la politique gouvernementale ou pour avoir pacifiquement exercé leur religion. Dans le silence de la communauté internationale, le régime supprime toute voix dissidente. 


*   *   *

Les intérêts de la France et de ses partenaires européens en Ouzbékistan relèvent de considérations économiques liées à l'énergie et aux ressources naturelles, ainsi que de considérations stratégiques en lien avec la situation afghane. Il est cependant indispensable que la France fasse entendre sa voix et condamne les violations des droits de l'Homme commises dans le pays en appellant l'Ouzbékistan à se conformer à ses obligations internationales.


Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT)


Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH)

Association internationale de défense des droits de l'Homme “Club des Coeurs ardents”


Association Droits de l'Homme en Asie Centrale (AHRCA)










6.3.12

Le régime de Karimov accusé d'activités terroristes: agression contre l'émigré politique Obidkhon Nazarov

Le 22 février 2012, Obidkhon Nazarov, imam et théologien ouzbek  bien connu, vivant actuellement à  Stromsund, ville au Nord de la Suède, a fait l'objet d'une agression. Avant de s'enfuir, l'auteur de ce crime avait tiré à plusieurs reprises sur Obidkhon,  le blessant grièvement. A proximité du lieu de l'agression, on a retrouvé un silencieux ainsi qu'un sac à dos avec une arme, ce qui indique qu'il s'agit  d'un professionnel  rémunéré. Les médecins jugent critique l'état de santé  de Nazarov. L'enquête ne fait que commencer mais nous avons des raisons de soupçonner  les services spéciaux ouzbeks d'avoir commandité cette agression.
Bref aperçu du parcours d'Obidkhon Nazarov
Obid kori Nazarov

Obidkhon Nazarov  est né en 1959  (Nom en religion: Obid kori Nazarov).  De 1990 à 1996 il a été imam de la mosquée 'Toukhtaboï' à Tachkent. Après ses déclarations critiques sur la disparition, en 1995, d'Abdouvali kori Mirzaev  - homme de religion qui jouissait d'une grande autorité, - Nazarov fut écarté de ses activités religieuses, sur décision des autorités ouzbeks.  Peu après, il fait l'objet  de poursuites criminelles et en  1998 il est 'recherché' par la police. Il passe  les deux années suivantes caché quelque part en Ouzbékistan.  En 2000, il quitte le pays pour le Kazakhstan où il est placé  alors sous la  protection du HCR des Nations-Unies. Par la suite, la Suède lui reconnaît le statut de réfugié politique.

En Ouzbékistan, les autorités accusent Obidkhon Nazarov d'extrémisme religieux et de participation à des activités terroristes. De fait, quelque cinq mille musulmans d'Ouzbékistan purgent de longues peines de prison pour des accusations similaires et sans avoir eu droit à un procès  équitable ni celui de choisir un avocat. Pour la plupart, ils purgent leur peine dans la colonie pénitentiaire à régime sévère de Jaslyk que les observateurs comparent aux prisons de l'époque stalinienne. Le régime de Karimov  fait tout pour priver désormais ces détenus du droit de se défendre réellement.

En Ouzbékistan, les procès violent de manière criante toutes les normes établies de procédure pénale et les juges ignorent souverainement les allégations des accusés sur les tortures subies pendant l'instruction. Alors que le pouvoir l'accuse d'extrémisme, Nazarov est, en fait,  intervenu plus d'une fois publiquement pour défendre les diverses confessions présentes en Ouzbékistan ainsi que la liberté de parole et les autres libertés politiques. Obidkhon kori est un opposant politique déterminé au régime de Karimov mais il ne prône que des méthodes pacifiques de lutte et récuse l'idée même d'un Etat islamique en Ouzbékistan.

Selon la présidente de  l'association  Droits de l'homme en Asie centrale, Nadejda Atayeva,  "il y a  tout lieu de penser que les fils de ce crime mènent à Tachkent. Ce crime émane du régime de Karimov et doit être qualifié de tentative d'assassinat politique. Tout acte de ce type commis par les services spéciaux ouzbeks peut  et doit être qualifié d'acte de terrorisme international et vise  à éliminer  tout dissident dans le pays."

Ce sont les circonstances dans  lesquelles cette agression   a été commise  et  l'historique du combat du régime  Karimov  contre ses opposants qui pointent en direction des services spéciaux ouzbeks. En effet, la  tentative d'assassinat sur la personne de Nazarov fut précédée d'un déchaînement de  calomnies contre lui. En 2010,  la télévision officielle ouzbek a présenté un documentaire intitulé 'Khounrezlik'  ('Sang versé'). On y présente  l'imam Obid kori  comme un extrémiste religieux actif et un terroriste. A diverses reprises, des menaces non-équivoques de règlement de comptes physique ont paru sur le site internet  'Press-uz Info' -  site créé par le Service de la sécurité nationale (SNB) ouzbek, aux fins de propagande anti-opposants.

L'assassinat politique du journaliste bien connu Alicher Saïpov  - citoyen kirghiz  d'origine nationale ouzbek - fut précédé du même type de harcèlement dans les médias contrôlés par le pouvoir ouzbek. Saïpov dirigeait alors, à Och, le journal 'Siësat' ('Politique') qui contenait des informations critiques à l'endroit du régime ouzbèk. C'est pour l'en punir qu'Alicher fut tué par balles devant son bureau. L'enquête  échoua, victime du manque de zèle professionnel  des forces de l'ordre du Kirghizistan. Mais rares sont ceux qui ne pensent pas que le Service de la sécurité nationale ouzbek est à l'origine de cet assassinat.

C'est à l'instigation des services spéciaux ouzbeks qu'un assassinat analogue  a été perpétré en novembre 2011, en Russie cette fois.  Fouad Roustamkhodjaev citoyen russe et homme d'affaire - membre de l'opposition ouzbek "Mouvement national d'Ouzbékistan"  - fut  tué d'un coup de pistolet. L'enquête  menée par les instances russes - tout comme l'avait été celle de leurs collègues du Kirghizistan - fut superficielle. Mais voulait-on approfondir ? La question est purement rhétorique, quand on sait l'étroite coopération que pratiquent entre eux et depuis fort longtemps,  les services spéciaux ouzbeks et russes.

Au compte de la Sécurité nationale de l'Ouzbékistan,  figurent encore d'autres crimes, en particulier  la tentative d'assassinat  du leader du parti d'opposition ‘ERK’, Moukhammad Solikh,  en 2001: c'est grâce à la bonne   coopération des service spéciaux de Norvège et de Suisse que  la chose échoua.

L'assassinat sur le territoire d'autres Etats n'est pas la seule arme des services spéciaux ouzbeks, dans leur guerre contre les dissidents politiques. Ils recourent aussi largement à l'enlèvement d'indésirables  ainsi qu'à leur expulsion de l'étranger vers l'Ouzbékistan,  où les attendent arrestations, tortures, procès non-équitables.
La majorité des enlèvements de citoyens ouzbeks à l'étranger se produisent en Russie. Nous connaissons au moins vingt cas de ce genre. C'est ainsi que, le 21 décembre 2011, Roustam Zokhidov, originaire de Samarkand, est enlevé. Le 15 septembre 2010, trois hommes originaires d'Andijan - S. Satvaldiev, M. Youssoupov et A. Bekpoulatov -  avaient été enlevés. Placés de force dans un vol pour Tachkent sous des noms figurant sur de faux papiers délivrés par l'ambassade ouzbek en Russie, ils avaient été convoyés jusqu'à Andijan, dès leur arrivée en Ouzbékistan, et accusés alors d'avoir participé à des organisations religieuses interdites et d'avoir partie liée avec Moukhammad  Salikhov. Les poursuites furent menées en secret,  de manière expéditive et en totale violation des normes  de procédure  mondialement admises. Journalistes indépendants et défenseurs des droits furent interdits d'audience.

C'est sans obstacle et en toute illégalité que le Service de la sécurité nationale d'Ouzbékistan (SNB)  a enlevé des citoyens ouzbeks  qui avaient  fui ou émigré  au Kirghizistan voisin. Voici quelques exemples: Isroïl Kholdarov - membre de la 'Société des droits de l'homme d'Ouzbékistan' - 'Ezgoulik' -  est enlevé en mai 2006 dans la ville d'Och, su Sud du Kirghizistan. Au bout de quelque temps il se retrouve en Ouzbékistan et en février 2007, le tribunal de district d'Andijan le condamne à six années de privation de liberté, selon les articles suivants du Code pénal ouzbek : 159 - atteinte à l'ordre constitutionnel; 216 - création d'une association illégale;  223 - sortie illégale du pays et  244-1 - diffusion de matériaux constituant une menace pour la sécurité nationale.

Validjon Babadjanov est enlevé le 16 août 2006 sur le territoire du Kirghizistan. Le 21 août déjà, on apprend qu'il est détenu dans les sous-sols du SNB. De même Saïdullo Chakirov, Bajkhtiër Akhmedov et Ilkhom Abdounabiev sont enlevés, en août 2006, sur le territoire du Kirghiszistan.

Par ailleurs,  le pouvoir ouzbek s'emploie à faire pression sur ses ressortissants émigrés  en les menaçant  personnellement par téléphone ou en exerçant des pressions psychologiques sur leurs proches restés au pays.  C'est  ce type de harcèlement (appels téléphoniques répétés, menaces sur des membres de leur famille  ou par leur intermédiaire) qu'ont subi Akmal Khaïdarov (au Canada), Moukhamad Salikh (réfugié statutaire en Norvège) Jodgor Obidov (Autriche), Mirakhmat Mouminov et Chovroukh Khalikov (Etats-Unis) Alicher Abidov et Moukhabbat Pozilova (Norvège),  Bakhtiër Moukhtarov (Finlande).

Mais c'est en Suède que se trouvent le plus grand nombre d'émigrés subissant ce type de harcèlement ininterrompu. Outre Obidkhon Nazarov il y a ses frères, Abdoumalik et Abdoufatakh, ainsi  que son fils Moukhitdin; et aussi Khassan Temirov, Moukhammadsalikh Aboutov, les journalistes Koudrat Babadjanov et Toulkine Karaev; de même que divers membres de l'opposition : Alim Karabaev, Marouf Abdougaffarov, Avazbek Faiëzov, d'autres encore.

Il importe de souligner qu'Obidkhon Nazarov avait déjà fait savoir à la police suédoise qu'il était suivi par des individus suspects. Malheureusement, l'information n'a pas été prise au sérieux. Pendant longtemps la police suédoise a ignoré aussi les déclarations d'autres réfugiés politiques ouzbeks  qui lui faisaient part des pressions exercées sur eux par les services spéciaux de leur pays, soit  par téléphone soit sous forme de chantage sur des membres de leur famille demeurant en Ouzbékistan. Cette prise en compte tardive des menées des services spéciaux ouzbeks par la police suédoise est l'une des causes de la tentative  de meurtre rapportée plus haut: percevant  leur impunité, ces services  décident de recourir à l'assassinat, au mépris de la souveraineté  de la Suède.

D'autre part, on a des raisons de penser qu'enlèvements et meurtres sur commande ont été  soigneusement préparés par les services spéciaux ouzbeks. A cet effet, ceux-ci  ont créé une base logistique adéquate en Suède; peut-être aussi, dans d'autres pays européens. Son fonctionnement n'est possible qu'avec l'appui des missions diplomatiques ouzbeks dans les pays concernés. La coordination des opérations de ce type s'effectue grâce à l'implication active des secrétaires d'ambassade qui sont autant de créatures du SNB.  Les ambassades d'Ouzbékistan  jouent un rôle décisif dans  l'enlèvement de ressortissants ouzbeks à l'étranger, grâce à  l'immunité  du personnel et des transports diplomatiques.

Outre leur participation  à l'enlèvement d'opposants au régime de Karimov, les représentations diplomatiques  d'Ouzbékistan constituent un maillon  essentiel dans le système de filature des émigrants politiques ouzbeks à l'étranger.  Par voie de chantage et de menaces, ambassades et service spéciaux  s'efforcent de recruter des informateurs  parmi leurs ressortissants se trouvant temporairement à l'étranger: étudiants, gens de culture, tout comme  parmi les migrants eux-mêmes. L'Association  Droits de l'homme en Asie centrale connaît diverses tentatives pour recruter collaborateurs et informateurs.

Les services spéciaux s'appuient aussi sur toute sorte d'entreprises commerciales créées par le pouvoir  ou par des hommes d'affaires ouzbeks à l'étranger. Au premier chef, il s'agit des postes d'escale de la compagnie d'aviation 'Ouzbek Airlines'  dont les agents participent  activement  à l'enlèvement  de citoyens ouzbeks émigrés  et à leur rapatriement forcé. On  doit mentionner aussi toute une pléiade de firmes au personnel ouzbek, implantées dans divers pays européens et à vocation de  'consultants', etc. Elles devraient faire l'objet d'une attention toute particulière   de la part des services spéciaux de ces Etats. Non seulement pour protéger les Ouzbeks qui s'y réfugient mais aussi pour veiller au respect de  la souveraineté de ces Etats. Jusqu'à maintenant, la  Suède et d'autres pays membre de l'Union européenne. ont manifestement  négligé de prendre les mesures de vigilance  qui s'imposent. Du coup, ils servent de plate-forme à des actes de terrorisme international que l'on doit imputer au régime de Karimov.

L'Occident doit enfin réagir de manière adéquate. Faute de quoi, la série des assassinats politiques et des enlèvements continuera. Nous proposons aux Gouvernements des Etats-Unis, de Suède et  l'Union européenne. D’examiner  l'opportunité des mesures suivantes :
          1. Que la Suède et les autres membres de l'UE mènent une enquête non seulement sur la tentative d'assassinat contre Obidkhon Nazarov mais sur les pressions exercées sur les réfugiés politiques ouzbeks par les  services spéciaux ouzbeks.
          2. Que les Gouvernements des Etats-Unis d'Amérique, du Canada et d'Europe:
               - enquêtent sur les activités des missions diplomatiques et des entreprises ouzbeks enregistrées dans leurs pays respectifs et organisent le suivi attentif de leur activité;
               - exercent une surveillance plus stricte des activités de la société d'aviation civile 'Uzbek Airlines', en particulier quant à l'accès des autorités diplomatiques ouzbeks aux  procédures d'embarquement.
         3. Que l'Union européenne ré-examine la question des sanctions, en fonction d'un élément nouveau : la participation de l'Ouzbékistan au terrorisme international.
          4.  Que les  Etats-Unis d'Amérique  reviennent  sur leur décision d'apporter une aide militaire à l'Ouzbékistan, car elle peut servir à des fins de terrorisme par son  Gouvernement.
          5. Que l'Allemagne interdise à celles de ses entreprises qui l'envisagent, de livrer à l'Ouzbékistan des appareils électroniques destinés à la filature d'individus. Il ne fait pas de doute que ces dispositifs seront utilisés contre l'opposition politique et les dissidents, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

Nous espérons que l'Union européenne, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada examineront nos constats et nos propositions avec  tout le sérieux qui convient.