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19.12.14

La Norvège n’expulsera pas les ressortissants ouzbékistanais

Le 19 décembre 2014, la Commission d’appel de l’immigration (Norwegian immigration appeals board - UNE) a annoncé l’annulation des déportations des citoyens ouzbékistanais, y compris de ceux qui avaient enfreint le règlement de Dublin, déterminant l’Etat membre de l’Union européenne responsable d’examiner la demande d’asile d’un réfugié et la procédure d’examen de cette demande. 

Le film « Trahison », qui avait été diffusé le 11 décembre 2014 sur la chaîne de télévision nationale « Uzbekistan », a fait beaucoup de bruit dés son apparition sur Internet. Il a pour sujet la vie de huit citoyens ouzbékistanais, qui avaient émigré en Norvège pour y demander le statut de réfugié. En 2014, les autorités norvégiennes les avaient expulsés vers l’Ouzbékistan. Là, ils ont été privés de liberté, contraints à une repentance publique pour « faux témoignage » contre leur pays, et « trahison à la Patrie », mais également pour « appartenance à un groupe religieux extrémiste ». Leurs témoignages ont été filmés et diffusés à la télévision. 

L’Association des Droits de l’homme en Asie centrale  salut le travail effectué par les avocats norvégiens, et remercie le Comité Helsinki norvégien et les médias nationaux pour leur défense active des droits des réfugiés, ainsi que le gouvernement norvégien pour avoir pris une décision en faveur de la protection des droits de l’homme et de la lutte contre la torture.

Selon les informations récoltées par notre organisation, 18 migrants ouzbékistanais, expulsés de Norvège, ont été victime d’acte de répression à leur retour forcé en Ouzbékistan. D’après leurs témoignages, les autorités ouzbékistanaises ont constitué une liste de ceux qui se trouvaient actuellement en Ouzbékistan. Les proches de ces migrants sont désormais persécutés : la plupart sont interdits de sortie du territoire nationale, tandis que tous ceux qui travaillaient au sein d’institutions publiques ont été licenciés. 



23.10.13

Lettre pour «Mademoiselle Jivago»


·         21 octobre



21/10/2013 à 17h09

Chère Lara Fabian,
Vous arrivez à Tachkent. Je rêve tellement de venir à votre concert… mais je ne pourrai pas pour deux raisons...


Chère Lara Fabian,

Vous arrivez à Tachkent. Je rêve tellement de venir à votre concert… mais je ne pourrai pas pour deux raisons.
 Je suis étudiant ; je fais mes études, en première année, à l’Université. Comme la plupart de vos admirateurs, je suis actuellement dans les champs de coton. Chaque jour je dois récolter 70 kg de coton [la norme]. Un kilogramme de coton est payé 117 Sum [la monnaie d’Ouzbékistan], soit 6 US cents, mais nous ne recevons pas d’argent. Nous devons régler quotidiennement 1,50 US dollar [1,50 $ = 3 200 Sum] pour nos repas. À la fin de la saison nous restons même parfois endettés devant l’État. Les produits d’alimentation qu’on nous distribue sont périmés. J’ai tenté de photographier la nourriture qu’on nous donne, mais les professeurs m’ont réprimandé et on me menace de me faire exclure de l’Université. Deuxième raison, je ne pourrais jamais acheter une place pour votre concert. Dans notre pays il y a beaucoup de chômeurs, dans notre ville ne fonctionne qu’une usine d’extraction d’huile ; d’autres usines et fabriques sont fermées parce que, chez nous, il n’y a pas de devise nationale ouzbek convertible, et les entreprises ne peuvent pas de ce fait s’approvisionner en matières premières indispensables à leur production. Dans les champs, nous n’avons pas la télévision ; ici il n’y a même pas d’éclairage convenable ; le local où nous vivons n’est pas non plus chauffé.
C’est avec plaisir, que j’ai vu votre dernier concert «Mademoiselle Jivago» à la télévision par câble. J’ai beaucoup aimé. Je vous souhaite tout le succès possible.
J’ai demandé aux défenseurs des droits de l’Homme de vous transmettre ma lettre ; ils connaissent mon nom. Je ne peux pas signer ouvertement ma lettre car je serais assurément exclu de l’Université, voire mis en prison, comme mon voisin qui a consulté des sites d’opposition sur Internet. En Ouzbékistan, il y a beaucoup de prisonniers politiques, des milliers. Je pense que vous serez intéressée d’apprendre qui sont vos vrais admirateurs et pourquoi ils ne peuvent pas venir à votre concert: c’est la raison qui m’a poussé à vous écrire.
J’espère que vous n’êtes pas uniquement une chanteuse de talent mais aussi une personne chaleureuse.
Votre admirateur,
Madamin



Un bouquet pour Lara Fabian


La chanteuse belge Lara Fabian va en Ouzbékistan. Elle a accepté de prendre part, le 27 octobre 2013, à Style.Uz, la Foire de Tachkent, organisée sous le parrainage de madame Gulnora KARIMOVA.


28.2.13

Lettre ouverte au ministre des affaires étrangères Laurent Fabius au sujet de sa visite en Ouzbékistan



De l’importance du sujet des Droits de l’Homme en Ouzbékistan

27 February 2013

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères 
Monsieur le Ministre,

Vous vous apprêtez à vous rendre en Ouzbékistan. A cette occasion,  nous vous serions extrêmement reconnaissants s'il vous était possible d'évoquer, lors de vos rencontres avec les représentants de cet Etat, un certain nombre de sujets brûlants en matière de Droits de l’Homme et dont voici un aperçu.

         Droit de libre circulation

L’Ouzbékistan a conservé l’héritage du système soviétique. Toute personne souhaitant se rendre à l’étranger doit obtenir un visa de sortie auprès d’un département spécial du Ministère de l’Intérieur (OVIR). Ce visa ne se délivre que pour une période maximale de deux ans et tous ne peuvent en profiter. En particulier, les militants des Droits de l’Homme, les opposants politiques, les journalistes, les artistes se le voient  souvent refuser.

En janvier 2013, Vyacheslav Akhunov, un peintre renommé, s’est vu refuser le droit de quitter le pays sans la moindre explication. Ses œuvres ont été exposées dans le monde entier à plus de deux cents reprises. Il était invité, cette année, à la 55ème Biennale de Venise, qui s’ouvre le 1er juin 2013. L’indépendance manifestée par cet artiste pourrait expliquer pourquoi ce droit de sortie lui a été refusé.  

Depuis 2011, les militants Abdullo Tojiboy-Ugly et Shukhrat Rustamov se voient systématiquement refuser tout droit de quitter le territoire 

Toutes ces restrictions, et l’existence même d'un visa de sortie violent l’article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (droit à la libre circulation et liberté du choix du lieu de résidence).

         Des handicapés en détention

Des handicapés de 1ere et 2de catégorie sont incarcérés depuis plusieurs années et n’ont pu bénéficier d’aucune amnistie.

          1)    Mukhamadjon Akhmedovich Kurbanov, né le 27 février 1957 dans l’Oblast de Ferghana, de nationalité ouzbek. Le 2 octobre 2006, il a été reconnu comme handicapé de 2nde catégorie. Il souffre d’asthme bronchique sévère (Certificat d’invalidité n° А070009827) et est détenu au sein de la colonie pénitentiaire UYA 64/73, dans la région de Zafarabadskii, Oblast de Djizzak.
          2)   Rustam Rakhmankulov, né le 17 octobre 1962, de nationalité Tadjik, a été reconnu en 2006 invalide de  2nde catégorie, ce qui est confirmé par le certificat de  l’ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il est actuellement détenu à la colonie pénitentiaire UYA 64/71 dans le bourg de Jaslyk, Karakalpakistan.
          3)   Shavkat Muslimovich Karimov, né le 23 juin 1971, de nationalité Tadjik a été reconnu le 30 mars 1996 invalide de 2nde catégorie, ce qui est confirmé par le certificat de l’ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve à la colonie 64/47 de Kiziltep dans l’Oblast de  NAVOÏ
          4)   Murad Almatovitch Latipov, né le 1er janvier 1957 à Tashkent, de nationalité ouzbek. Dans son jugement, il est indiqué qu’il est invalide de 1ère catégorie depuis le 1er janvier 1997, car aveugle. Il est actuellement détenu au sein de la colonie pénitentiaire UYA 64/32 dans la région de Papskii, Oblast de Namangan.
          5)   Sunat Turgunovich Talasov, né le 28 août 1964 à Tashkent, de nationalité ouzbek. Il est indiqué dans son jugement qu’il est invalide de 1ère catégorie (aveugle). Son lieu de détention est impossible à déterminer. Plus de détails en annexe 2 (Ouzbékistan: des prisonniers invalides à nouveau privés d'amnistie ).

         Fermeture des bureaux de HRW

En 2007, les bureaux à Tashkent de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch ont été fermés, alors qu’elle était présente en Ouzbékistan depuis 15 ans. Cette organisation était parvenue à gagner la confiance des habitants du pays. Elle a pourtant été chassée pour avoir émis des critiques concernant le respect des Droits de l’Homme en Ouzbékistan et pour son analyse des événements tragiques d’Andijan en 2005. Comme vous le savez, l’une des conditions posée  par l’Union Européenne  pour la levée des sanctions à l’encontre de l’Ouzbékistan était la restauration de l’activité de HRW. Condition qui n’a pas été remplie.

         Détentions prolongées

Il est devenu d'usage d’augmenter la durée de détention des militants, des journalistes, des opposants politiques et des milliers de détenus jugés pour «extrémisme religieux». Cela se fait sur la base d’accusations gratuites de « désobéissance aux demandes de l’administration pénitentiaire» (art. 221 du Code pénal). Les verdicts tombent au mépris des principes de justice et d’objectivité. Ces prolongations arbitraires aboutissent, de fait, à la réclusion à vie

Murad Djuraev, ex-député au parlement d’Ouzbékistan, âgé de 61 ans, a fait 18 ans de prison déjà. En 2012, il a encore été condamné à 3 ans de réclusion, par une cinquième condamnation. L’écrivain Mamadali Makhmudov a fait 14 ans de prison. Agé de 72 ans, il encourt actuellement une nouvelle condamnation. Isroil Kholdarov, militant de 62 ans, invalide de 2nde catégorie, a purgé 6 ans et a vu sa peine s’allonger de 3 ans. 

J’espère que, lors de Votre visite en Ouzbékistan, vous aurez la possibilité d’aborder la question des droits de l’Homme, ce qui aurait sans aucun doute une influence décisive sur le sort des personnes évoquées ici  et sur celui de l'organisation Human Rights Watch.


Avec mes remerciements d'avoir accepté de prêter attention à ce courrier, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération la plus distinguée.

Cordialement, 

Mme Atayeva Nadejda, 
le président d'association Droits de l'Homme en Asie Centrale



27.2.13

Ouzbékistan : des prisonniers invalides à nouveau privés d'amnistie

Il y a plus de deux mois, le 4 décembre 2012, le Sénat d'Ouzbékistan, pour les vingt ans de la Constitution du pays, a pris un arrêté relatif à l'amnistie. Ainsi que l'a déclaré le Comité sénatorial pour la législation et les questions juridiques, il s'agit d'un acte humanitaire à l'encontre de ceux dont les crimes ne sont pas dangereux pour la société. En particulier, sont mentionnés à part dans l'arrêté, les invalides des premier et deuxième groupes. Des personnes souffrant de maladies graves, des femmes, des hommes de plus de soixante ans, des citoyens étrangers.

La précédente amnistie avait été déclarée en Ouzbékistan en décembre 2011. Selon les données officielles, elle fut appliquée à plus de 45000 personnes. 1958000 personnes furent libérées  avant d'avoir purgé leur peine, soit après avoir vu leur peine réduite, soit après l'arrêt des poursuites judiciaires. 

L'arrêté du 4 décembre 2012 est rédigé de telle sorte que les prisonniers politiques sont exclus des amnistiables. 

L'Association des Droits de l'Homme en Asie Centrale - AHRCA sait que depuis des années, les dossiers d'amnistie ne concernent pas:
1. Les prisonniers invalides de premier et deuxième groupes, dont la liste est la suivante:
Mukhammadjon Akhmedovitch Kurbanov, né le 27 février 1957 dans la Région de Ferghana. Citoyen ouzbek, reconnu invalide du deuxième groupe le 2 octobre 2006 pour asthme bronchique de 4ème degré. Certificat d'invalidité N° А070009827. Enfermé au UYA 64/73 dans la colonie pénitentiaire de la Région de Zafarabad, arrondissement de Dzhizak. 

Mukhammadjon Kurbanov est aux arrêts depuis 2009. Accusé d'après l'article 227 (falsification de documents) ; 168, 2ème section, points "a", "b" (escroquerie), 3ème section, point " b " (escroquerie à grande échelle) du Code pénal de la République d'Ouzbékistan - UKRUz. Il a subi des tortures lors de l'instruction. Les actes d'amnistie ne l'ont pas concerné. 

Rustam Rakhmankulov, né le 17 octobre 1962, citoyen tadjik. A été reconnu invalide du deuxième groupe en 2006, ce que confirme une lettre de l'ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve en UYA 64/71 dans le village de Zhaslyk, Karakalpakistan. 

Le 14 juin 2009, le tribunal municipal de Tachkent pour les affaires pénales a condamné Rustam Rakhmankulov à 18 ans de privation de liberté selon les articles 273, section 5 (vente de drogue); 246, section 2 (contrebande) du Code pénal d'Ouzbékistan. Le tribunal n'a pas tenu compte de son invalidité. Les dossiers d'amnistie du 27.06.2009, du 28.08.2010, du 08.12.2011 ne l'ont pas concerné. 

Shavkat Muslimovitch Karimov, né le 23 juin 1971, citoyen tadjik, Invalide des deux groupes depuis le 30 mars 1996, ce que confirme un certificat de l'ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve en colonie pénitentiaire 64/47 dans la ville de Kizilktep dans la région de Navoi.

Le 9 février 2011, le tribunal du quartier de Mirabad à Tachkent pour les affaires pénales a condamné Shavkat Karimov à 20 ans de prison selon l'article 273, section 5 du Code pénal d'Ouzbékistan (fabrication, acquisition, détention et autres actions liées aux drogues et substances psychotropes à fin de vente et leur vente elle-même). Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Murad Almatovitch Latypov, né le 1er janvier 1957 à Tachkent, citoyen ouzbek. Le jugement indique qu'il est invalide du premier groupe (aveugle), reconnu invalide depuis le 1er janvier 1997. Il se trouve à la colonie pénitentiaire UYA 64/32 dans la Région de Pap, arrondissement de Namangan.

Murad Latypov a été condamné selon 11 articles du Code pénal d'Ouzbékistan: article 28 (complicité  criminelle) au total avec l'article 97 (meurtre prémédité), section 2, points "a", "g", "d", "m", "p", " r " (15 ans d'emprisonnement); 145 (infraction à la liberté de conscience, section 2 (2 ans) ; 155 (terrorisme), section 3, points "a", "b" (15 ans); 158 (attentat contre le président), section 1 (10 ans) ; 159 (atteinte à l'ordre constitutionnel, section 4 (10 ans); 161 (diversion) (15 ans); 242 (organisation d'une société criminelle), section 1 (15 ans), 244-1, section 3, points "a", " b" (fabrication ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) (5 ans), 244-2, section 2 (15 ans), il a fait l'objet de l'article 59 du Code pénal d'Ouzbékistan (peine prononcée pour plusieurs actes criminels) ; il a été condamné à 16 ans d'emprisonnement. Arrêté le 16 octobre 2004. Accusé de complicité aux attentats de 1999. Il ne peut se déplacer sans être accompagné. Le tribunal le sait, cela a été filmé par 9 cameramen de la télévision Centrale d'Ouzbékistan dont le service des informations "Akhborot", le correspondant Ombudsman et les diplomates des ambassades des pays de l'Union Européenne. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Sunnat Turgunovitch Talassov, né le 28 août 1964 à Tachkent, citoyen ouzbek. Le verdict indique qu'il est invalide du premier groupe (aveugle). Talassov a été condamné selon 10 articles du Code pénal d'Ouzbékistan: article 28 (complicité criminelle) au total avec l'article 97 (meurtre prémédité), section 2, points "a", "g", "d", "m", "p", "r" (8 ans); 159, section 4 (atteinte à l'ordre constitutionnel) (7 ans); 244-1, section 3, points "a", "b" (fabrication ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) (5 ans); 244-2, section 2 (création, direction, participation à des organisations religieuses extrémistes, séparatistes, fondamentalistes ou autres organisations interdites) (7 ans), il a fait l'objet de l'article 59 du Code pénal d'Ouzbékistan et a été condamné à 10 ans d'emprisonnement. Arrêté le 27 novembre 2004. Condamné par le tribunal municipal de Tachkent pour les affaires pénales le 21 février 2005. Il est impossible de savoir où se trouve Talassov.  Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.
2. Les prisonniers politiques de 60 ans et plus: 
Issak Abdullaev, né en 1935, citoyen ouzbek. Membre du Centre de Défense des Droits de l'Homme "Mazlum". Arrêté le 13 mars 2005, accusé d'après les articles 110, section 2 (torture) ; 112 section 1 (tentative d'assassinat et usage de la force) ; 137, section 2, points "a", "b", "c", "d" (enlèvement); 138, section 2, points "a" et "b" (privation illégale et forcée de liberté) ; 139, section 3, points "a", "b", "c" (diffamation) ; 165, section 2 (extorsion de fonds) ; 166, section 4, point "a" (infraction à la législation des douanes) ; 184, section 3 (non-paiement des impôts et autres dus); 219, section 2 (opposition à un représentant du pouvoir ou à toute personne dans l'exercice de ses fonctions civiles); 237 (délation mensongère) ; 244 ( fabrication  ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) et 273 (fabrication illégale, acquisition, détention et autres actes  liés aux drogues et psychotropes à fin de vente et leur vente elle-même) du Code pénal d'Ouzbékistan et condamné à 10 ans de privation de liberté. Issak Abdullaev a été condamné à l'âge de 70 ans ; à 77 ans, il est toujours prisonnier. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Salizhon Abdurakhmanov, né en 1950, citoyen ouzbek. Fondateur et correspondant de l'agence d'informations "Uznews.net" (http://www.uznews.net), membre de l' "Union actuelle des journalistes d'Ouzbékistan " et du " Comité pour la Défense des Droits des particuliers au Karakalpakistan". Il travaillait à Radio Liberté et à l'Institut de recherche sur la guerre et la paix.  Arrêté le 7 juillet 2008. L'accusation présentée se référait aux articles 276, section 2, point "a" (fabrication illégale, acquisition  détention et autres actes liés aux drogues et psychotropes à non fin  de vente) du Code pénal d'Ouzbékistan et condamné à 10 ans de privation de liberté. Salidzhon Abdurakhmanov, âgé de 62 ans, purge sa peine dans des conditions de vie difficiles,  l'accès aux soins médicaux lui est limité. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Murad Djuraev, né en 1952, citoyen ouzbek. Ancien député du parlement d'Ouzbekistan, ancien maire de la ville de Mubarek, région de Kashkadar. Il a activement participé à l'adoption de la "Déclaration d'indépendance" au parlement ouzbek. Membre du Comité Central du Parti Démocratique d'Ouzbékistan "ERK". Condamné à 12 ans d'emprisonnement le 18 juin 1994 pour crimes prévus par les articles 17-55 ; 17-60, section 2 ; 17-62 : 17-73, section 1 ; 17-197, section 1 du code pénal d'Ouzbékistan (1995). Sa peine fut ensuite réduite à 9 ans. Puis Djuraev fut condamné 4 fois à la privation de liberté selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines): en 2003, 2006, 2009 et le 5 décembre 2012. Murad Djuraev, 60 ans, reste en prison, il souffre d'une maladie du nasopharinx  et a besoin d'une aide stomatologique. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Samandar Kukanov, né en 1945, citoyen ouzbek. Ancien vice-représentant du Parlement de la République d'Ouzbékistan, membre du Parti Démocratique  d'Ouzbékistan "ERK". En 1993, il fut condamné à 20 ans de privation de liberté sur l'inculpation de délits commerciaux. Il n'y a  aucune information sur l'état de santé de Samandar Kukanov, 67 ans. Ses proches sont très inquiets.  Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Ganikhon Mamatkhanov, né en 1951, citoyen ouzbek. Représentant  du " Comité pour la Défense des Droits des particuliers " dans la Vallée de Ferghana. Il fut arrêté le 9 octobre 2009, puis condamné à 5 ans de privation de liberté selon les articles 168 (vol) ; 211, section 3 (corruption) du Code pénal d'Ouzbékistan. Ganikhon Mamatkhanov, 61 ans, souffre d'insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Mamadali Makhmudov, né en 1940, écrivain, membre du parti Démocratique d'Ouzbékistan "EKR". Ancien représentant du Fond Culturel d'Ouzbékistan. Il fut arrêté le 19 février 1999, puis condamné à 14 ans de prison selon les articles 25-159, section 4 (atteinte à l'ordre constitutionnel) ; 216 (organisation illégale de groupements sociaux ou de communautés religieuses), 242, section 1 (organisation d'association délictueuse) du Code pénal d'Ouzbékistan. Mamadali Makhmudov, 72 ans, reste en prison. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Agzam Turgunov, né en 1952, citoyen ouzbek. Directeur exécutif et fondateur du Centre pour la Défense des Droits de l'Homme " Mazlum ". Le 11 juillet 2008, il fut condamné à 10 ans de privation de liberté selon l'article 165 (extorsion de fonds) du Code pénal d'Ouzbékistan. Agzam Turgunov souffre d'une insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné. 

Rustam Usmanov, né en 1948, citoyen du Kirghizstan. Ancien représentant du directoire  de la première banque privée commerciale " Rustam-Banque ". Il fut condamné en février 1998 à 14 ans d'emprisonnement selon les articles 165, section 3 (extorsion de fonds) ; 177, section 3 (acquisition illégale ou vente de devises) ; 205, section 2 (abus de pouvoir ou de mandats), 209, section 1 (prévarication) du Code pénal d'Ouzbékistan. Un second verdict fut prononcé en février 2012 selon lequel il fut condamné à 5 ans de privation de liberté selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines). Le prisonnier Rustam Usmanov, 64 ans, a subi plusieurs fois des séances de torture, il souffre d'insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Istroïlzhon Kholdarov, né le 23 août 1951, citoyen ouzbek. Représentant de la section de la Région d'Andizhan de l'Organisation de Défense des Droits de l'Homme en Ouzbékistan " Ezgulik ". Il a quitté l'Ouzbékistan en octobre 2005 et a demandé la protection internationale à la représentation de la Direction du Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l'UNESCO au Kirghistan. Le 2 novembre 2005, l'Ouzbékistan a lancé un avis de recherche contre lui selon l'article 159, section 1 du code UKRUz (atteinte à l'ordre constitutionnel). Selon la version officielle, le 7 septembre 2006, il aurait fait amende honorable auprès de la Direction des Services de sécurité nationale de la Région d'Angizhan. Les circonstances de son retour en Ouzbékistan restent inconnues. En février 2007, le tribunal de la Région d'Andizhan l'a condamné à 6 ans de privation de liberté selon les articles 159 (atteinte à l'ordre constitutionnel) ; 216 (organisation illégale de groupes sociaux), 223 (sortie illégale du territoire) ; 244-1 (diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile). Un second verdict fut prononcé le 15 juillet 2012 selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines) qui prolongea sa peine de 3 ans. Istroïlzhon Kholdarov, 61 ans, invalide du 2ème groupe, demeure en isolation dans des conditions qui nuisent à sa santé. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

L'Association des Droits de l'Homme en Asie Centrale - AHRCA, appelle la communauté internationale à intervenir d'urgence dans la destinée de ceux qui, au mépris de la Constitution de l'Ouzbékistan, sont privés de liberté.



16.10.12

Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères

Paris, 15 octobre 2012

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères France
Objet: Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur le Ministre,

A l’occasion de votre rencontre ce mardi 16 octobre avec M. Abdulaziz Kamilov, ministre des affaires étrangères ouzbek, nous vous appelons à exiger le respect des droits de l’homme en Ouzbékistan, ainsi que la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques.

Aujourd'hui sont notamment détenus en prison les défenseurs des droits de l'Homme, journalistes, opposants politiques et représentants religieux suivants: Solijon Abdurakhmanov, Mukhammed Begjan, Ruhiddin Fahruddinov, Azam Formonov, Isroiljon Holdarov, Abdurasul Hudoynazarov, Nasim Isaqov, Gaybullo Jalilov, Murod Juraev, Mamadali Mahmudov, Ganihon Mamathonov, Zafarjon Rahimov, Yuldosh Rasulov, Dilmurod Saidov, Agzam Turgunov.

Nos organisations souhaitent rappeler que, malgré les déclarations répétées du gouvernement ouzbek, aucune amélioration en matière de droits de l’homme n’a été constatée dans le pays ces dernières années.

La situation des droits fondamentaux est désastreuse. La torture demeure endémique. La liberté d’expression est très sévèrement limitée. L’impunité perdure à la suite du massacre d’Andijan, où des centaines de manifestants pacifiques ont été tués lors d’une répression violente menée par le régime en 2005.

Sous couvert de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, la répression continue de s'exercer de façon implacable à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme, des avocats indépendants, des journalistes, des opposants politiques et des membres de groupes musulmans indépendants. Ils sont arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue de procès iniques pour avoir défendu des droits fondamentaux, pour avoir critiqué la politique gouvernementale ou pour avoir pacifiquement exercé leur religion. Dans le silence de la communauté internationale, le régime supprime toute voix dissidente. 


*   *   *

Les intérêts de la France et de ses partenaires européens en Ouzbékistan relèvent de considérations économiques liées à l'énergie et aux ressources naturelles, ainsi que de considérations stratégiques en lien avec la situation afghane. Il est cependant indispensable que la France fasse entendre sa voix et condamne les violations des droits de l'Homme commises dans le pays en appellant l'Ouzbékistan à se conformer à ses obligations internationales.


Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT)


Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH)

Association internationale de défense des droits de l'Homme “Club des Coeurs ardents”


Association Droits de l'Homme en Asie Centrale (AHRCA)










6.3.12

Le régime de Karimov accusé d'activités terroristes: agression contre l'émigré politique Obidkhon Nazarov

Le 22 février 2012, Obidkhon Nazarov, imam et théologien ouzbek  bien connu, vivant actuellement à  Stromsund, ville au Nord de la Suède, a fait l'objet d'une agression. Avant de s'enfuir, l'auteur de ce crime avait tiré à plusieurs reprises sur Obidkhon,  le blessant grièvement. A proximité du lieu de l'agression, on a retrouvé un silencieux ainsi qu'un sac à dos avec une arme, ce qui indique qu'il s'agit  d'un professionnel  rémunéré. Les médecins jugent critique l'état de santé  de Nazarov. L'enquête ne fait que commencer mais nous avons des raisons de soupçonner  les services spéciaux ouzbeks d'avoir commandité cette agression.
Bref aperçu du parcours d'Obidkhon Nazarov
Obid kori Nazarov

Obidkhon Nazarov  est né en 1959  (Nom en religion: Obid kori Nazarov).  De 1990 à 1996 il a été imam de la mosquée 'Toukhtaboï' à Tachkent. Après ses déclarations critiques sur la disparition, en 1995, d'Abdouvali kori Mirzaev  - homme de religion qui jouissait d'une grande autorité, - Nazarov fut écarté de ses activités religieuses, sur décision des autorités ouzbeks.  Peu après, il fait l'objet  de poursuites criminelles et en  1998 il est 'recherché' par la police. Il passe  les deux années suivantes caché quelque part en Ouzbékistan.  En 2000, il quitte le pays pour le Kazakhstan où il est placé  alors sous la  protection du HCR des Nations-Unies. Par la suite, la Suède lui reconnaît le statut de réfugié politique.

En Ouzbékistan, les autorités accusent Obidkhon Nazarov d'extrémisme religieux et de participation à des activités terroristes. De fait, quelque cinq mille musulmans d'Ouzbékistan purgent de longues peines de prison pour des accusations similaires et sans avoir eu droit à un procès  équitable ni celui de choisir un avocat. Pour la plupart, ils purgent leur peine dans la colonie pénitentiaire à régime sévère de Jaslyk que les observateurs comparent aux prisons de l'époque stalinienne. Le régime de Karimov  fait tout pour priver désormais ces détenus du droit de se défendre réellement.

En Ouzbékistan, les procès violent de manière criante toutes les normes établies de procédure pénale et les juges ignorent souverainement les allégations des accusés sur les tortures subies pendant l'instruction. Alors que le pouvoir l'accuse d'extrémisme, Nazarov est, en fait,  intervenu plus d'une fois publiquement pour défendre les diverses confessions présentes en Ouzbékistan ainsi que la liberté de parole et les autres libertés politiques. Obidkhon kori est un opposant politique déterminé au régime de Karimov mais il ne prône que des méthodes pacifiques de lutte et récuse l'idée même d'un Etat islamique en Ouzbékistan.

Selon la présidente de  l'association  Droits de l'homme en Asie centrale, Nadejda Atayeva,  "il y a  tout lieu de penser que les fils de ce crime mènent à Tachkent. Ce crime émane du régime de Karimov et doit être qualifié de tentative d'assassinat politique. Tout acte de ce type commis par les services spéciaux ouzbeks peut  et doit être qualifié d'acte de terrorisme international et vise  à éliminer  tout dissident dans le pays."

Ce sont les circonstances dans  lesquelles cette agression   a été commise  et  l'historique du combat du régime  Karimov  contre ses opposants qui pointent en direction des services spéciaux ouzbeks. En effet, la  tentative d'assassinat sur la personne de Nazarov fut précédée d'un déchaînement de  calomnies contre lui. En 2010,  la télévision officielle ouzbek a présenté un documentaire intitulé 'Khounrezlik'  ('Sang versé'). On y présente  l'imam Obid kori  comme un extrémiste religieux actif et un terroriste. A diverses reprises, des menaces non-équivoques de règlement de comptes physique ont paru sur le site internet  'Press-uz Info' -  site créé par le Service de la sécurité nationale (SNB) ouzbek, aux fins de propagande anti-opposants.

L'assassinat politique du journaliste bien connu Alicher Saïpov  - citoyen kirghiz  d'origine nationale ouzbek - fut précédé du même type de harcèlement dans les médias contrôlés par le pouvoir ouzbek. Saïpov dirigeait alors, à Och, le journal 'Siësat' ('Politique') qui contenait des informations critiques à l'endroit du régime ouzbèk. C'est pour l'en punir qu'Alicher fut tué par balles devant son bureau. L'enquête  échoua, victime du manque de zèle professionnel  des forces de l'ordre du Kirghizistan. Mais rares sont ceux qui ne pensent pas que le Service de la sécurité nationale ouzbek est à l'origine de cet assassinat.

C'est à l'instigation des services spéciaux ouzbeks qu'un assassinat analogue  a été perpétré en novembre 2011, en Russie cette fois.  Fouad Roustamkhodjaev citoyen russe et homme d'affaire - membre de l'opposition ouzbek "Mouvement national d'Ouzbékistan"  - fut  tué d'un coup de pistolet. L'enquête  menée par les instances russes - tout comme l'avait été celle de leurs collègues du Kirghizistan - fut superficielle. Mais voulait-on approfondir ? La question est purement rhétorique, quand on sait l'étroite coopération que pratiquent entre eux et depuis fort longtemps,  les services spéciaux ouzbeks et russes.

Au compte de la Sécurité nationale de l'Ouzbékistan,  figurent encore d'autres crimes, en particulier  la tentative d'assassinat  du leader du parti d'opposition ‘ERK’, Moukhammad Solikh,  en 2001: c'est grâce à la bonne   coopération des service spéciaux de Norvège et de Suisse que  la chose échoua.

L'assassinat sur le territoire d'autres Etats n'est pas la seule arme des services spéciaux ouzbeks, dans leur guerre contre les dissidents politiques. Ils recourent aussi largement à l'enlèvement d'indésirables  ainsi qu'à leur expulsion de l'étranger vers l'Ouzbékistan,  où les attendent arrestations, tortures, procès non-équitables.
La majorité des enlèvements de citoyens ouzbeks à l'étranger se produisent en Russie. Nous connaissons au moins vingt cas de ce genre. C'est ainsi que, le 21 décembre 2011, Roustam Zokhidov, originaire de Samarkand, est enlevé. Le 15 septembre 2010, trois hommes originaires d'Andijan - S. Satvaldiev, M. Youssoupov et A. Bekpoulatov -  avaient été enlevés. Placés de force dans un vol pour Tachkent sous des noms figurant sur de faux papiers délivrés par l'ambassade ouzbek en Russie, ils avaient été convoyés jusqu'à Andijan, dès leur arrivée en Ouzbékistan, et accusés alors d'avoir participé à des organisations religieuses interdites et d'avoir partie liée avec Moukhammad  Salikhov. Les poursuites furent menées en secret,  de manière expéditive et en totale violation des normes  de procédure  mondialement admises. Journalistes indépendants et défenseurs des droits furent interdits d'audience.

C'est sans obstacle et en toute illégalité que le Service de la sécurité nationale d'Ouzbékistan (SNB)  a enlevé des citoyens ouzbeks  qui avaient  fui ou émigré  au Kirghizistan voisin. Voici quelques exemples: Isroïl Kholdarov - membre de la 'Société des droits de l'homme d'Ouzbékistan' - 'Ezgoulik' -  est enlevé en mai 2006 dans la ville d'Och, su Sud du Kirghizistan. Au bout de quelque temps il se retrouve en Ouzbékistan et en février 2007, le tribunal de district d'Andijan le condamne à six années de privation de liberté, selon les articles suivants du Code pénal ouzbek : 159 - atteinte à l'ordre constitutionnel; 216 - création d'une association illégale;  223 - sortie illégale du pays et  244-1 - diffusion de matériaux constituant une menace pour la sécurité nationale.

Validjon Babadjanov est enlevé le 16 août 2006 sur le territoire du Kirghizistan. Le 21 août déjà, on apprend qu'il est détenu dans les sous-sols du SNB. De même Saïdullo Chakirov, Bajkhtiër Akhmedov et Ilkhom Abdounabiev sont enlevés, en août 2006, sur le territoire du Kirghiszistan.

Par ailleurs,  le pouvoir ouzbek s'emploie à faire pression sur ses ressortissants émigrés  en les menaçant  personnellement par téléphone ou en exerçant des pressions psychologiques sur leurs proches restés au pays.  C'est  ce type de harcèlement (appels téléphoniques répétés, menaces sur des membres de leur famille  ou par leur intermédiaire) qu'ont subi Akmal Khaïdarov (au Canada), Moukhamad Salikh (réfugié statutaire en Norvège) Jodgor Obidov (Autriche), Mirakhmat Mouminov et Chovroukh Khalikov (Etats-Unis) Alicher Abidov et Moukhabbat Pozilova (Norvège),  Bakhtiër Moukhtarov (Finlande).

Mais c'est en Suède que se trouvent le plus grand nombre d'émigrés subissant ce type de harcèlement ininterrompu. Outre Obidkhon Nazarov il y a ses frères, Abdoumalik et Abdoufatakh, ainsi  que son fils Moukhitdin; et aussi Khassan Temirov, Moukhammadsalikh Aboutov, les journalistes Koudrat Babadjanov et Toulkine Karaev; de même que divers membres de l'opposition : Alim Karabaev, Marouf Abdougaffarov, Avazbek Faiëzov, d'autres encore.

Il importe de souligner qu'Obidkhon Nazarov avait déjà fait savoir à la police suédoise qu'il était suivi par des individus suspects. Malheureusement, l'information n'a pas été prise au sérieux. Pendant longtemps la police suédoise a ignoré aussi les déclarations d'autres réfugiés politiques ouzbeks  qui lui faisaient part des pressions exercées sur eux par les services spéciaux de leur pays, soit  par téléphone soit sous forme de chantage sur des membres de leur famille demeurant en Ouzbékistan. Cette prise en compte tardive des menées des services spéciaux ouzbeks par la police suédoise est l'une des causes de la tentative  de meurtre rapportée plus haut: percevant  leur impunité, ces services  décident de recourir à l'assassinat, au mépris de la souveraineté  de la Suède.

D'autre part, on a des raisons de penser qu'enlèvements et meurtres sur commande ont été  soigneusement préparés par les services spéciaux ouzbeks. A cet effet, ceux-ci  ont créé une base logistique adéquate en Suède; peut-être aussi, dans d'autres pays européens. Son fonctionnement n'est possible qu'avec l'appui des missions diplomatiques ouzbeks dans les pays concernés. La coordination des opérations de ce type s'effectue grâce à l'implication active des secrétaires d'ambassade qui sont autant de créatures du SNB.  Les ambassades d'Ouzbékistan  jouent un rôle décisif dans  l'enlèvement de ressortissants ouzbeks à l'étranger, grâce à  l'immunité  du personnel et des transports diplomatiques.

Outre leur participation  à l'enlèvement d'opposants au régime de Karimov, les représentations diplomatiques  d'Ouzbékistan constituent un maillon  essentiel dans le système de filature des émigrants politiques ouzbeks à l'étranger.  Par voie de chantage et de menaces, ambassades et service spéciaux  s'efforcent de recruter des informateurs  parmi leurs ressortissants se trouvant temporairement à l'étranger: étudiants, gens de culture, tout comme  parmi les migrants eux-mêmes. L'Association  Droits de l'homme en Asie centrale connaît diverses tentatives pour recruter collaborateurs et informateurs.

Les services spéciaux s'appuient aussi sur toute sorte d'entreprises commerciales créées par le pouvoir  ou par des hommes d'affaires ouzbeks à l'étranger. Au premier chef, il s'agit des postes d'escale de la compagnie d'aviation 'Ouzbek Airlines'  dont les agents participent  activement  à l'enlèvement  de citoyens ouzbeks émigrés  et à leur rapatriement forcé. On  doit mentionner aussi toute une pléiade de firmes au personnel ouzbek, implantées dans divers pays européens et à vocation de  'consultants', etc. Elles devraient faire l'objet d'une attention toute particulière   de la part des services spéciaux de ces Etats. Non seulement pour protéger les Ouzbeks qui s'y réfugient mais aussi pour veiller au respect de  la souveraineté de ces Etats. Jusqu'à maintenant, la  Suède et d'autres pays membre de l'Union européenne. ont manifestement  négligé de prendre les mesures de vigilance  qui s'imposent. Du coup, ils servent de plate-forme à des actes de terrorisme international que l'on doit imputer au régime de Karimov.

L'Occident doit enfin réagir de manière adéquate. Faute de quoi, la série des assassinats politiques et des enlèvements continuera. Nous proposons aux Gouvernements des Etats-Unis, de Suède et  l'Union européenne. D’examiner  l'opportunité des mesures suivantes :
          1. Que la Suède et les autres membres de l'UE mènent une enquête non seulement sur la tentative d'assassinat contre Obidkhon Nazarov mais sur les pressions exercées sur les réfugiés politiques ouzbeks par les  services spéciaux ouzbeks.
          2. Que les Gouvernements des Etats-Unis d'Amérique, du Canada et d'Europe:
               - enquêtent sur les activités des missions diplomatiques et des entreprises ouzbeks enregistrées dans leurs pays respectifs et organisent le suivi attentif de leur activité;
               - exercent une surveillance plus stricte des activités de la société d'aviation civile 'Uzbek Airlines', en particulier quant à l'accès des autorités diplomatiques ouzbeks aux  procédures d'embarquement.
         3. Que l'Union européenne ré-examine la question des sanctions, en fonction d'un élément nouveau : la participation de l'Ouzbékistan au terrorisme international.
          4.  Que les  Etats-Unis d'Amérique  reviennent  sur leur décision d'apporter une aide militaire à l'Ouzbékistan, car elle peut servir à des fins de terrorisme par son  Gouvernement.
          5. Que l'Allemagne interdise à celles de ses entreprises qui l'envisagent, de livrer à l'Ouzbékistan des appareils électroniques destinés à la filature d'individus. Il ne fait pas de doute que ces dispositifs seront utilisés contre l'opposition politique et les dissidents, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

Nous espérons que l'Union européenne, les Etats-Unis d'Amérique et le Canada examineront nos constats et nos propositions avec  tout le sérieux qui convient.