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28.2.13

Lettre ouverte au ministre des affaires étrangères Laurent Fabius au sujet de sa visite en Ouzbékistan



De l’importance du sujet des Droits de l’Homme en Ouzbékistan

27 February 2013

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères 
Monsieur le Ministre,

Vous vous apprêtez à vous rendre en Ouzbékistan. A cette occasion,  nous vous serions extrêmement reconnaissants s'il vous était possible d'évoquer, lors de vos rencontres avec les représentants de cet Etat, un certain nombre de sujets brûlants en matière de Droits de l’Homme et dont voici un aperçu.

         Droit de libre circulation

L’Ouzbékistan a conservé l’héritage du système soviétique. Toute personne souhaitant se rendre à l’étranger doit obtenir un visa de sortie auprès d’un département spécial du Ministère de l’Intérieur (OVIR). Ce visa ne se délivre que pour une période maximale de deux ans et tous ne peuvent en profiter. En particulier, les militants des Droits de l’Homme, les opposants politiques, les journalistes, les artistes se le voient  souvent refuser.

En janvier 2013, Vyacheslav Akhunov, un peintre renommé, s’est vu refuser le droit de quitter le pays sans la moindre explication. Ses œuvres ont été exposées dans le monde entier à plus de deux cents reprises. Il était invité, cette année, à la 55ème Biennale de Venise, qui s’ouvre le 1er juin 2013. L’indépendance manifestée par cet artiste pourrait expliquer pourquoi ce droit de sortie lui a été refusé.  

Depuis 2011, les militants Abdullo Tojiboy-Ugly et Shukhrat Rustamov se voient systématiquement refuser tout droit de quitter le territoire 

Toutes ces restrictions, et l’existence même d'un visa de sortie violent l’article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (droit à la libre circulation et liberté du choix du lieu de résidence).

         Des handicapés en détention

Des handicapés de 1ere et 2de catégorie sont incarcérés depuis plusieurs années et n’ont pu bénéficier d’aucune amnistie.

          1)    Mukhamadjon Akhmedovich Kurbanov, né le 27 février 1957 dans l’Oblast de Ferghana, de nationalité ouzbek. Le 2 octobre 2006, il a été reconnu comme handicapé de 2nde catégorie. Il souffre d’asthme bronchique sévère (Certificat d’invalidité n° А070009827) et est détenu au sein de la colonie pénitentiaire UYA 64/73, dans la région de Zafarabadskii, Oblast de Djizzak.
          2)   Rustam Rakhmankulov, né le 17 octobre 1962, de nationalité Tadjik, a été reconnu en 2006 invalide de  2nde catégorie, ce qui est confirmé par le certificat de  l’ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il est actuellement détenu à la colonie pénitentiaire UYA 64/71 dans le bourg de Jaslyk, Karakalpakistan.
          3)   Shavkat Muslimovich Karimov, né le 23 juin 1971, de nationalité Tadjik a été reconnu le 30 mars 1996 invalide de 2nde catégorie, ce qui est confirmé par le certificat de l’ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve à la colonie 64/47 de Kiziltep dans l’Oblast de  NAVOÏ
          4)   Murad Almatovitch Latipov, né le 1er janvier 1957 à Tashkent, de nationalité ouzbek. Dans son jugement, il est indiqué qu’il est invalide de 1ère catégorie depuis le 1er janvier 1997, car aveugle. Il est actuellement détenu au sein de la colonie pénitentiaire UYA 64/32 dans la région de Papskii, Oblast de Namangan.
          5)   Sunat Turgunovich Talasov, né le 28 août 1964 à Tashkent, de nationalité ouzbek. Il est indiqué dans son jugement qu’il est invalide de 1ère catégorie (aveugle). Son lieu de détention est impossible à déterminer. Plus de détails en annexe 2 (Ouzbékistan: des prisonniers invalides à nouveau privés d'amnistie ).

         Fermeture des bureaux de HRW

En 2007, les bureaux à Tashkent de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch ont été fermés, alors qu’elle était présente en Ouzbékistan depuis 15 ans. Cette organisation était parvenue à gagner la confiance des habitants du pays. Elle a pourtant été chassée pour avoir émis des critiques concernant le respect des Droits de l’Homme en Ouzbékistan et pour son analyse des événements tragiques d’Andijan en 2005. Comme vous le savez, l’une des conditions posée  par l’Union Européenne  pour la levée des sanctions à l’encontre de l’Ouzbékistan était la restauration de l’activité de HRW. Condition qui n’a pas été remplie.

         Détentions prolongées

Il est devenu d'usage d’augmenter la durée de détention des militants, des journalistes, des opposants politiques et des milliers de détenus jugés pour «extrémisme religieux». Cela se fait sur la base d’accusations gratuites de « désobéissance aux demandes de l’administration pénitentiaire» (art. 221 du Code pénal). Les verdicts tombent au mépris des principes de justice et d’objectivité. Ces prolongations arbitraires aboutissent, de fait, à la réclusion à vie

Murad Djuraev, ex-député au parlement d’Ouzbékistan, âgé de 61 ans, a fait 18 ans de prison déjà. En 2012, il a encore été condamné à 3 ans de réclusion, par une cinquième condamnation. L’écrivain Mamadali Makhmudov a fait 14 ans de prison. Agé de 72 ans, il encourt actuellement une nouvelle condamnation. Isroil Kholdarov, militant de 62 ans, invalide de 2nde catégorie, a purgé 6 ans et a vu sa peine s’allonger de 3 ans. 

J’espère que, lors de Votre visite en Ouzbékistan, vous aurez la possibilité d’aborder la question des droits de l’Homme, ce qui aurait sans aucun doute une influence décisive sur le sort des personnes évoquées ici  et sur celui de l'organisation Human Rights Watch.


Avec mes remerciements d'avoir accepté de prêter attention à ce courrier, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération la plus distinguée.

Cordialement, 

Mme Atayeva Nadejda, 
le président d'association Droits de l'Homme en Asie Centrale



27.2.13

Ouzbékistan : des prisonniers invalides à nouveau privés d'amnistie

Il y a plus de deux mois, le 4 décembre 2012, le Sénat d'Ouzbékistan, pour les vingt ans de la Constitution du pays, a pris un arrêté relatif à l'amnistie. Ainsi que l'a déclaré le Comité sénatorial pour la législation et les questions juridiques, il s'agit d'un acte humanitaire à l'encontre de ceux dont les crimes ne sont pas dangereux pour la société. En particulier, sont mentionnés à part dans l'arrêté, les invalides des premier et deuxième groupes. Des personnes souffrant de maladies graves, des femmes, des hommes de plus de soixante ans, des citoyens étrangers.

La précédente amnistie avait été déclarée en Ouzbékistan en décembre 2011. Selon les données officielles, elle fut appliquée à plus de 45000 personnes. 1958000 personnes furent libérées  avant d'avoir purgé leur peine, soit après avoir vu leur peine réduite, soit après l'arrêt des poursuites judiciaires. 

L'arrêté du 4 décembre 2012 est rédigé de telle sorte que les prisonniers politiques sont exclus des amnistiables. 

L'Association des Droits de l'Homme en Asie Centrale - AHRCA sait que depuis des années, les dossiers d'amnistie ne concernent pas:
1. Les prisonniers invalides de premier et deuxième groupes, dont la liste est la suivante:
Mukhammadjon Akhmedovitch Kurbanov, né le 27 février 1957 dans la Région de Ferghana. Citoyen ouzbek, reconnu invalide du deuxième groupe le 2 octobre 2006 pour asthme bronchique de 4ème degré. Certificat d'invalidité N° А070009827. Enfermé au UYA 64/73 dans la colonie pénitentiaire de la Région de Zafarabad, arrondissement de Dzhizak. 

Mukhammadjon Kurbanov est aux arrêts depuis 2009. Accusé d'après l'article 227 (falsification de documents) ; 168, 2ème section, points "a", "b" (escroquerie), 3ème section, point " b " (escroquerie à grande échelle) du Code pénal de la République d'Ouzbékistan - UKRUz. Il a subi des tortures lors de l'instruction. Les actes d'amnistie ne l'ont pas concerné. 

Rustam Rakhmankulov, né le 17 octobre 1962, citoyen tadjik. A été reconnu invalide du deuxième groupe en 2006, ce que confirme une lettre de l'ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve en UYA 64/71 dans le village de Zhaslyk, Karakalpakistan. 

Le 14 juin 2009, le tribunal municipal de Tachkent pour les affaires pénales a condamné Rustam Rakhmankulov à 18 ans de privation de liberté selon les articles 273, section 5 (vente de drogue); 246, section 2 (contrebande) du Code pénal d'Ouzbékistan. Le tribunal n'a pas tenu compte de son invalidité. Les dossiers d'amnistie du 27.06.2009, du 28.08.2010, du 08.12.2011 ne l'ont pas concerné. 

Shavkat Muslimovitch Karimov, né le 23 juin 1971, citoyen tadjik, Invalide des deux groupes depuis le 30 mars 1996, ce que confirme un certificat de l'ambassade du Tadjikistan en Ouzbékistan. Il se trouve en colonie pénitentiaire 64/47 dans la ville de Kizilktep dans la région de Navoi.

Le 9 février 2011, le tribunal du quartier de Mirabad à Tachkent pour les affaires pénales a condamné Shavkat Karimov à 20 ans de prison selon l'article 273, section 5 du Code pénal d'Ouzbékistan (fabrication, acquisition, détention et autres actions liées aux drogues et substances psychotropes à fin de vente et leur vente elle-même). Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Murad Almatovitch Latypov, né le 1er janvier 1957 à Tachkent, citoyen ouzbek. Le jugement indique qu'il est invalide du premier groupe (aveugle), reconnu invalide depuis le 1er janvier 1997. Il se trouve à la colonie pénitentiaire UYA 64/32 dans la Région de Pap, arrondissement de Namangan.

Murad Latypov a été condamné selon 11 articles du Code pénal d'Ouzbékistan: article 28 (complicité  criminelle) au total avec l'article 97 (meurtre prémédité), section 2, points "a", "g", "d", "m", "p", " r " (15 ans d'emprisonnement); 145 (infraction à la liberté de conscience, section 2 (2 ans) ; 155 (terrorisme), section 3, points "a", "b" (15 ans); 158 (attentat contre le président), section 1 (10 ans) ; 159 (atteinte à l'ordre constitutionnel, section 4 (10 ans); 161 (diversion) (15 ans); 242 (organisation d'une société criminelle), section 1 (15 ans), 244-1, section 3, points "a", " b" (fabrication ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) (5 ans), 244-2, section 2 (15 ans), il a fait l'objet de l'article 59 du Code pénal d'Ouzbékistan (peine prononcée pour plusieurs actes criminels) ; il a été condamné à 16 ans d'emprisonnement. Arrêté le 16 octobre 2004. Accusé de complicité aux attentats de 1999. Il ne peut se déplacer sans être accompagné. Le tribunal le sait, cela a été filmé par 9 cameramen de la télévision Centrale d'Ouzbékistan dont le service des informations "Akhborot", le correspondant Ombudsman et les diplomates des ambassades des pays de l'Union Européenne. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Sunnat Turgunovitch Talassov, né le 28 août 1964 à Tachkent, citoyen ouzbek. Le verdict indique qu'il est invalide du premier groupe (aveugle). Talassov a été condamné selon 10 articles du Code pénal d'Ouzbékistan: article 28 (complicité criminelle) au total avec l'article 97 (meurtre prémédité), section 2, points "a", "g", "d", "m", "p", "r" (8 ans); 159, section 4 (atteinte à l'ordre constitutionnel) (7 ans); 244-1, section 3, points "a", "b" (fabrication ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) (5 ans); 244-2, section 2 (création, direction, participation à des organisations religieuses extrémistes, séparatistes, fondamentalistes ou autres organisations interdites) (7 ans), il a fait l'objet de l'article 59 du Code pénal d'Ouzbékistan et a été condamné à 10 ans d'emprisonnement. Arrêté le 27 novembre 2004. Condamné par le tribunal municipal de Tachkent pour les affaires pénales le 21 février 2005. Il est impossible de savoir où se trouve Talassov.  Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.
2. Les prisonniers politiques de 60 ans et plus: 
Issak Abdullaev, né en 1935, citoyen ouzbek. Membre du Centre de Défense des Droits de l'Homme "Mazlum". Arrêté le 13 mars 2005, accusé d'après les articles 110, section 2 (torture) ; 112 section 1 (tentative d'assassinat et usage de la force) ; 137, section 2, points "a", "b", "c", "d" (enlèvement); 138, section 2, points "a" et "b" (privation illégale et forcée de liberté) ; 139, section 3, points "a", "b", "c" (diffamation) ; 165, section 2 (extorsion de fonds) ; 166, section 4, point "a" (infraction à la législation des douanes) ; 184, section 3 (non-paiement des impôts et autres dus); 219, section 2 (opposition à un représentant du pouvoir ou à toute personne dans l'exercice de ses fonctions civiles); 237 (délation mensongère) ; 244 ( fabrication  ou diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile et l'ordre social) et 273 (fabrication illégale, acquisition, détention et autres actes  liés aux drogues et psychotropes à fin de vente et leur vente elle-même) du Code pénal d'Ouzbékistan et condamné à 10 ans de privation de liberté. Issak Abdullaev a été condamné à l'âge de 70 ans ; à 77 ans, il est toujours prisonnier. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Salizhon Abdurakhmanov, né en 1950, citoyen ouzbek. Fondateur et correspondant de l'agence d'informations "Uznews.net" (http://www.uznews.net), membre de l' "Union actuelle des journalistes d'Ouzbékistan " et du " Comité pour la Défense des Droits des particuliers au Karakalpakistan". Il travaillait à Radio Liberté et à l'Institut de recherche sur la guerre et la paix.  Arrêté le 7 juillet 2008. L'accusation présentée se référait aux articles 276, section 2, point "a" (fabrication illégale, acquisition  détention et autres actes liés aux drogues et psychotropes à non fin  de vente) du Code pénal d'Ouzbékistan et condamné à 10 ans de privation de liberté. Salidzhon Abdurakhmanov, âgé de 62 ans, purge sa peine dans des conditions de vie difficiles,  l'accès aux soins médicaux lui est limité. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Murad Djuraev, né en 1952, citoyen ouzbek. Ancien député du parlement d'Ouzbekistan, ancien maire de la ville de Mubarek, région de Kashkadar. Il a activement participé à l'adoption de la "Déclaration d'indépendance" au parlement ouzbek. Membre du Comité Central du Parti Démocratique d'Ouzbékistan "ERK". Condamné à 12 ans d'emprisonnement le 18 juin 1994 pour crimes prévus par les articles 17-55 ; 17-60, section 2 ; 17-62 : 17-73, section 1 ; 17-197, section 1 du code pénal d'Ouzbékistan (1995). Sa peine fut ensuite réduite à 9 ans. Puis Djuraev fut condamné 4 fois à la privation de liberté selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines): en 2003, 2006, 2009 et le 5 décembre 2012. Murad Djuraev, 60 ans, reste en prison, il souffre d'une maladie du nasopharinx  et a besoin d'une aide stomatologique. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Samandar Kukanov, né en 1945, citoyen ouzbek. Ancien vice-représentant du Parlement de la République d'Ouzbékistan, membre du Parti Démocratique  d'Ouzbékistan "ERK". En 1993, il fut condamné à 20 ans de privation de liberté sur l'inculpation de délits commerciaux. Il n'y a  aucune information sur l'état de santé de Samandar Kukanov, 67 ans. Ses proches sont très inquiets.  Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Ganikhon Mamatkhanov, né en 1951, citoyen ouzbek. Représentant  du " Comité pour la Défense des Droits des particuliers " dans la Vallée de Ferghana. Il fut arrêté le 9 octobre 2009, puis condamné à 5 ans de privation de liberté selon les articles 168 (vol) ; 211, section 3 (corruption) du Code pénal d'Ouzbékistan. Ganikhon Mamatkhanov, 61 ans, souffre d'insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Mamadali Makhmudov, né en 1940, écrivain, membre du parti Démocratique d'Ouzbékistan "EKR". Ancien représentant du Fond Culturel d'Ouzbékistan. Il fut arrêté le 19 février 1999, puis condamné à 14 ans de prison selon les articles 25-159, section 4 (atteinte à l'ordre constitutionnel) ; 216 (organisation illégale de groupements sociaux ou de communautés religieuses), 242, section 1 (organisation d'association délictueuse) du Code pénal d'Ouzbékistan. Mamadali Makhmudov, 72 ans, reste en prison. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Agzam Turgunov, né en 1952, citoyen ouzbek. Directeur exécutif et fondateur du Centre pour la Défense des Droits de l'Homme " Mazlum ". Le 11 juillet 2008, il fut condamné à 10 ans de privation de liberté selon l'article 165 (extorsion de fonds) du Code pénal d'Ouzbékistan. Agzam Turgunov souffre d'une insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné. 

Rustam Usmanov, né en 1948, citoyen du Kirghizstan. Ancien représentant du directoire  de la première banque privée commerciale " Rustam-Banque ". Il fut condamné en février 1998 à 14 ans d'emprisonnement selon les articles 165, section 3 (extorsion de fonds) ; 177, section 3 (acquisition illégale ou vente de devises) ; 205, section 2 (abus de pouvoir ou de mandats), 209, section 1 (prévarication) du Code pénal d'Ouzbékistan. Un second verdict fut prononcé en février 2012 selon lequel il fut condamné à 5 ans de privation de liberté selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines). Le prisonnier Rustam Usmanov, 64 ans, a subi plusieurs fois des séances de torture, il souffre d'insuffisance cardiaque. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

Istroïlzhon Kholdarov, né le 23 août 1951, citoyen ouzbek. Représentant de la section de la Région d'Andizhan de l'Organisation de Défense des Droits de l'Homme en Ouzbékistan " Ezgulik ". Il a quitté l'Ouzbékistan en octobre 2005 et a demandé la protection internationale à la représentation de la Direction du Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l'UNESCO au Kirghistan. Le 2 novembre 2005, l'Ouzbékistan a lancé un avis de recherche contre lui selon l'article 159, section 1 du code UKRUz (atteinte à l'ordre constitutionnel). Selon la version officielle, le 7 septembre 2006, il aurait fait amende honorable auprès de la Direction des Services de sécurité nationale de la Région d'Angizhan. Les circonstances de son retour en Ouzbékistan restent inconnues. En février 2007, le tribunal de la Région d'Andizhan l'a condamné à 6 ans de privation de liberté selon les articles 159 (atteinte à l'ordre constitutionnel) ; 216 (organisation illégale de groupes sociaux), 223 (sortie illégale du territoire) ; 244-1 (diffusion de matériel présentant une menace pour la sécurité civile). Un second verdict fut prononcé le 15 juillet 2012 selon l'article 221 (insoumission aux injonctions légales des services administratifs pour l'exécution des peines) qui prolongea sa peine de 3 ans. Istroïlzhon Kholdarov, 61 ans, invalide du 2ème groupe, demeure en isolation dans des conditions qui nuisent à sa santé. Les dossiers d'amnistie ne l'ont pas concerné.

L'Association des Droits de l'Homme en Asie Centrale - AHRCA, appelle la communauté internationale à intervenir d'urgence dans la destinée de ceux qui, au mépris de la Constitution de l'Ouzbékistan, sont privés de liberté.



16.10.12

Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères

Paris, 15 octobre 2012

Monsieur Laurent Fabius
Ministre des Affaires étrangères France
Objet: Lettre ouverte à Laurent Fabius sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan

Monsieur le Ministre,

A l’occasion de votre rencontre ce mardi 16 octobre avec M. Abdulaziz Kamilov, ministre des affaires étrangères ouzbek, nous vous appelons à exiger le respect des droits de l’homme en Ouzbékistan, ainsi que la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques.

Aujourd'hui sont notamment détenus en prison les défenseurs des droits de l'Homme, journalistes, opposants politiques et représentants religieux suivants: Solijon Abdurakhmanov, Mukhammed Begjan, Ruhiddin Fahruddinov, Azam Formonov, Isroiljon Holdarov, Abdurasul Hudoynazarov, Nasim Isaqov, Gaybullo Jalilov, Murod Juraev, Mamadali Mahmudov, Ganihon Mamathonov, Zafarjon Rahimov, Yuldosh Rasulov, Dilmurod Saidov, Agzam Turgunov.

Nos organisations souhaitent rappeler que, malgré les déclarations répétées du gouvernement ouzbek, aucune amélioration en matière de droits de l’homme n’a été constatée dans le pays ces dernières années.

La situation des droits fondamentaux est désastreuse. La torture demeure endémique. La liberté d’expression est très sévèrement limitée. L’impunité perdure à la suite du massacre d’Andijan, où des centaines de manifestants pacifiques ont été tués lors d’une répression violente menée par le régime en 2005.

Sous couvert de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, la répression continue de s'exercer de façon implacable à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme, des avocats indépendants, des journalistes, des opposants politiques et des membres de groupes musulmans indépendants. Ils sont arrêtés, torturés et condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue de procès iniques pour avoir défendu des droits fondamentaux, pour avoir critiqué la politique gouvernementale ou pour avoir pacifiquement exercé leur religion. Dans le silence de la communauté internationale, le régime supprime toute voix dissidente. 


*   *   *

Les intérêts de la France et de ses partenaires européens en Ouzbékistan relèvent de considérations économiques liées à l'énergie et aux ressources naturelles, ainsi que de considérations stratégiques en lien avec la situation afghane. Il est cependant indispensable que la France fasse entendre sa voix et condamne les violations des droits de l'Homme commises dans le pays en appellant l'Ouzbékistan à se conformer à ses obligations internationales.


Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT)


Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH)

Association internationale de défense des droits de l'Homme “Club des Coeurs ardents”


Association Droits de l'Homme en Asie Centrale (AHRCA)










31.8.12

Ouzbékistan : lettre de la colonie pénitentiaire 'Jaslyk': nouvelles tortures

Cette lettre - qui ressemble plutôt à un petit billet - a été transmise par des détenus de la colonie  UYa 64/71. Ils y décrivent une nouvelle forme de punition, l'arbitraire sans limite de l'administration pénitentiaire et les tentatives de prisonniers pour résister à une cruauté visant à brises toute volonté.
(Traductions en russe, anglais et français de l'orignal en langue ouzbek assurées par l'Association Droits de l'Homme en Asie Centrale)

Ceci est arrivé en décembre 2011 à la colonie pénitentiaire 'Jaslyk'

Extrait d'une lettre de détenus du pénitencier OuYa 64/71, 
situé au bourg de Jaslyk - République du Karakalpak extraits
«Dans cette colonie on a introduit une heure quotidienne de lecture des livres du Président [il s'agit du chef de l''Etat ouzbek, Islam Karimov -  NdR.]

A la 7ème brigade, comme chaque jour il y avait lecture du livre. Un certain Ortykali  de la ville de Kokand  [la lettre n'indique pas son nom de famille - NdR]  était occupé à bien autre chose et n'écoutait pas la lecture. Pour n'avoir pas écouté le livre du Président, il a été traîné hors de sa cellule.

Le Responsable à l'éducation, au pénitencier, se nomme Berdibayev  Ikrom Kadyrbayevitch. [Il s'agit de son vrai nom, NdR.] Il a participé personnellement aux tortures infligées à  Ortykali. C'est lui [Berdybayev] qui avait prescrit de frapper  sur la plante des pieds. Après quelque 30-40 coups, on  a demandé à Ortykali s'il allait maintenant écouter la lecture des livres du Président  et celui-ci  a laissé entendre qu'il demeurait dans ses premières dispositions. Alors  Berdibayev Ikrom Kadyrbayevitch a ordonné d'ajouter vingt coups, toujours  sur la plante des pieds. Au total Ortykali a reçu  quelque 80 coups. Ses pieds ont enflé. Il était incapable de marcher. 

Il est alors jeté  pour 10 jours  - sans décision formelle - dans une cellule du nouveau bâtiment, destiné aux condamnés à perpétuité. Quatre autres détenus de la brigade n°7 seront eux aussi emmenés dans ce bâtiment, pour avoir demandé qu'Ortykali  en soit ramené. Ils avaient, d'autre part, annoncé qu'ils entamaient une grève de la faim. Pendant 4 jours ils poursuivirent leur grève. Après cette action de protestation, la version officielle fut que le placement d'Ortykali  avait été régulier. Puis, celui-ci fut conduit à l'infirmerie où ses pieds ont été pansés. Dix jours plus tard,  il en est ressorti pour retourner dans sa brigade habituelle, dans la partie centrale de la colonie. 

Ce genre d'incident n'a rien d'exceptionnel; de fait il s'en produit presque chaque jour. Les individus condamnés selon l'article 159 du Code pénal ouzbek et d'autres  détenus de ce pénitencier sont fréquemment placés dans ce bâtiment. Le personnel considère qu'il a le droit d'y placer aussi les prisonniers qui violent le Règlement intérieur du pénitencier. Et que ceci est conforme aux textes officiels».

* * *
Pour désigner le  pénitencier  64/71, la population dit simplement  'Jaslyk'  car il est situé dans le bourg de ce nom, en République à autonome du Karakalpak, en Ouzbékistan. Il est devenu le symbole de l'arbitraire du pouvoir ouzbek. En principe, y sont détenus les condamnés  pour crimes particulièrement graves, tels que : appartenance à une organisation illégale; critique du régime ou, encore,  terrorisme. Il est extrêmement rare que ces condamnés bénéficient d'une amnistie. Le plus souvent, ceux qui s'y trouvent font l'objet, sur place, de nouvelles condamnations,  de sorte qu'ils ne sont jamais relâchés. Quant à ceux qui recouvrent la liberté, ils  s'efforcent d'oublier ce qu'ils y ont enduré. 

Ici, la torture est pratique quotidienne. Notre Association a reçu le schéma de la salle où se pratiquent torture et actes  de violence  sexuelle.  Dans son commentaire, l'auteur de ce schéma  explique que les traces de torture sont telles que les victimes redoutent de les montrer aux autres prisonniers. Au reste, ces détenus-là sont rapidement  transférés, par étapes,  dans d'autres pénitenciers. En 2002 - à la veille de la visite du Rapporteur spécial des Nations-Unies contre la torture, Théo van Boven - l'entrée de cette salle des tortures a été bétonnée. Ainsi, le sort des  victimes demeure  pratiquement inconnu. 

A Jaslyk, les conditions climatiques sont particulièrement rudes. En été la température atteint °50 degrés  pour tomber en dessous de  -°20 en hiver. Des vents soufflent continuellement. Le manque d'eau se conjugue avec sa mauvaise qualité, du fait d'une  forte salinité.. Ceux des détenus qui quittent la colonie sont devenus des  malades chroniques, souvent affligés  d'infirmités. C'est dans cette colonie qu'a séjourné Aziam Farmonov, défenseur bien connu des droits des  paysans et membre de la Ligue des droits de l'homme d'Ouzbékistan. 

Toute information en provenance de détenus de Jaslyk frappe par la cruauté des actes qu'elle révèle. Les témoignages où figure le nom des  individus participant à ces tortures sont particulièrement précieux. L'on  y constate, notamment, que ceux-ci agissent  pleinement convaincus de leur impunité.  

L'Association Droits  de l'homme en Asie Centrale constate qu'en Ouzbékistan  il est devenu  pratiquement impossible aux défenseurs des droits de l'homme de mener des enquêtes sur les cas de torture. En effet, ils font alors l'objet de poursuites, sous l'accusation de critique du pouvoir en place et leur droit de se déplacer est réduit à presque rien. 

Au cours des cinq dernières années, plus de 200 personnes - défenseurs des droits de l'homme ou  journalistes - ont été poursuivies, dont 16 ont été  emprisonnées. Le Bureau de l'organisation Human Rights Watch à Tachkent a été fermé en 2007, après 15 ans de présence  dans le pays. Les collaborateurs de cette ONG se sont vu refuser visas et accréditations et  leur droit de circuler a été singulièrement réduit. De plus en plus souvent, les victimes de violations des droits de l'homme taisent leur identité et s'adressent aux organisations et à l'opinion internationales par l'intermédiaire d'émigrants politiques. 
L'Association Droits  de l'homme en Asie Centrale  fait appel aux bonnes volontés   désireuses de coopérer à la  traduction et/ou  à la mise en forme de textes de  l'Association. Pour toute question, s'adresser à: asiecentrale@neuf.fr

25.1.12

Ouzbékistan: le prisonnier politique Mohammed Bekjanov à nouveau jugé.


Le 18 janvier 2012, dans le pénitencier УЯ 64/51  de  la ville de Kassana, Province de Kachkadarine, le cas du prisonnier politique Mohammed Bekjanov a de nouveau été soumis à un tribunal. Le procureur a requis une peine de prison de 4 ans et 8 mois encore. La cour s'est retirée pour délibérer.
Le prisonnier politique Mohammed Bekjanov, qui a déjà passé 12 années en prison, devait être libéré en février 2012. Mais en décembre 2011, il a été mensongèrement accusé de violation de l'article 221 du Code pénal d'Ouzbékistan : Refus d'obtempérer aux ordres justifiés donnés dans l'établissement où il purge sa peine.

Photographie : Mouhammed  Bekjanov
lors d'un séjour à l'hôpital de la prison de Tachkent,
en 2003.
Mohammed Bekjanov, né en 1954, a été condamné à 15 ans de réclusion selon les articles suivants du Code pénal d'Ouzbékistan: 158, pt.3 - «Atteintes à l'autorité du Président de la République d'Ouzbékistan »; 159 pt.3 «Atteintes à l'ordre constitutionnel de la République d'Ouzbékistan»; 216 - Création d'associations ou d'organisations religieuse illégales; 223, §2 – «Entrée ou sortie illégale du territoire de la République d'Ouzbékistan»; 227 §2: «Appropriation, destruction,dégradation ou recel de documents officiels, tampons, cachets, papier à en-tête»; 228 §§ 2&3: Fabri-cation ou imitation de documents officiels, tampons, cachets, papier à entête, leur remise à un tiers ou leur utilisation»; 242 §1: «Organisation d'association de malfaiteurs». En 2003, par amnistie, la durée de sa peine avait été réduite de 3 ans et 8 mois.

Devant le tribunal, trois codétenus  de Bekjanov ont témoigné à charge. Tout au long de leurs dépositions, ils se sont efforcés de ne pas le regarder ce qui permet de supposer qu'ils ont dû déposer contre leur gré. A la demande de ses proches, Bekjanov a été défendu  par l'avocate Mounojat Parpiyeva.

En 1999, pendant l'enquête, M.Bekjanov a été torturé à la prison de Tachkent où il était enfermé. On lui a cassé une jambe. Depuis,il boite. Lors de sa troisième année de détention il a contracté la tuberculose. De là deux séjours à l'hôpital de la prison de Tachkent.

Mouhammed Bekjanov est le frère de Mouhammad Salikh –  un leader du parti d'opposition 'ERK'. En novembre 2000, Mouhammad Salikh a été condamné par contumace par la Cour suprême d'Ouzbékistan à 15 ans et demie de privation de liberté. Des poursuites ont été lancées contre lui via Interpol.

En 1999, deux autres frères de Mouhammed ont été arrêtés: il s'agit de Rachid et de Kamil Bekjanov. Après les explosions de février 1999 à Tachkent, les autorités ouzbeks ont accusé Mouhammad Salikh  et le Mouvement islamique d'Ouzbékistan de les avoir commanditées.

En 2003, Kamil Bekjanov a été amnistié après quatre années de réclusion. En mars 2011 Rachid Bekjanov est sorti de prison.

Mouhammed Bekjanov et ses proches attendent la sentence du tribunal.

L'Association Droits de l'Homme en Asie Centrale appelle le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, les gouvernements des Etats démocratiques et les organisations internationales de défense des droits humains à suivre de très près le cas du prisonnier politique Mouhammed Bekjanov et à demander aux autorités d'Ouzbékistan sa libération.