25.1.12

Ouzbékistan: le prisonnier politique Mohammed Bekjanov à nouveau jugé.


Le 18 janvier 2012, dans le pénitencier УЯ 64/51  de  la ville de Kassana, Province de Kachkadarine, le cas du prisonnier politique Mohammed Bekjanov a de nouveau été soumis à un tribunal. Le procureur a requis une peine de prison de 4 ans et 8 mois encore. La cour s'est retirée pour délibérer.
Le prisonnier politique Mohammed Bekjanov, qui a déjà passé 12 années en prison, devait être libéré en février 2012. Mais en décembre 2011, il a été mensongèrement accusé de violation de l'article 221 du Code pénal d'Ouzbékistan : Refus d'obtempérer aux ordres justifiés donnés dans l'établissement où il purge sa peine.

Photographie : Mouhammed  Bekjanov
lors d'un séjour à l'hôpital de la prison de Tachkent,
en 2003.
Mohammed Bekjanov, né en 1954, a été condamné à 15 ans de réclusion selon les articles suivants du Code pénal d'Ouzbékistan: 158, pt.3 - «Atteintes à l'autorité du Président de la République d'Ouzbékistan »; 159 pt.3 «Atteintes à l'ordre constitutionnel de la République d'Ouzbékistan»; 216 - Création d'associations ou d'organisations religieuse illégales; 223, §2 – «Entrée ou sortie illégale du territoire de la République d'Ouzbékistan»; 227 §2: «Appropriation, destruction,dégradation ou recel de documents officiels, tampons, cachets, papier à en-tête»; 228 §§ 2&3: Fabri-cation ou imitation de documents officiels, tampons, cachets, papier à entête, leur remise à un tiers ou leur utilisation»; 242 §1: «Organisation d'association de malfaiteurs». En 2003, par amnistie, la durée de sa peine avait été réduite de 3 ans et 8 mois.

Devant le tribunal, trois codétenus  de Bekjanov ont témoigné à charge. Tout au long de leurs dépositions, ils se sont efforcés de ne pas le regarder ce qui permet de supposer qu'ils ont dû déposer contre leur gré. A la demande de ses proches, Bekjanov a été défendu  par l'avocate Mounojat Parpiyeva.

En 1999, pendant l'enquête, M.Bekjanov a été torturé à la prison de Tachkent où il était enfermé. On lui a cassé une jambe. Depuis,il boite. Lors de sa troisième année de détention il a contracté la tuberculose. De là deux séjours à l'hôpital de la prison de Tachkent.

Mouhammed Bekjanov est le frère de Mouhammad Salikh –  un leader du parti d'opposition 'ERK'. En novembre 2000, Mouhammad Salikh a été condamné par contumace par la Cour suprême d'Ouzbékistan à 15 ans et demie de privation de liberté. Des poursuites ont été lancées contre lui via Interpol.

En 1999, deux autres frères de Mouhammed ont été arrêtés: il s'agit de Rachid et de Kamil Bekjanov. Après les explosions de février 1999 à Tachkent, les autorités ouzbeks ont accusé Mouhammad Salikh  et le Mouvement islamique d'Ouzbékistan de les avoir commanditées.

En 2003, Kamil Bekjanov a été amnistié après quatre années de réclusion. En mars 2011 Rachid Bekjanov est sorti de prison.

Mouhammed Bekjanov et ses proches attendent la sentence du tribunal.

L'Association Droits de l'Homme en Asie Centrale appelle le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, les gouvernements des Etats démocratiques et les organisations internationales de défense des droits humains à suivre de très près le cas du prisonnier politique Mouhammed Bekjanov et à demander aux autorités d'Ouzbékistan sa libération.

5.6.11

L'Union européenne a donné 3,7 millions d'euros à un organisme que dirige la fille du dictateur ouzbek

Ce don n'ira-t-il pas à  quelque coterie de stars ?

L'Union européenne a attribué 3,7 millions d'euros à une œuvre caritative dirigée par Lola Karimova-Tillyaeva, fille du  dictateur ouzbek. Madame Karimova est aussi la représentante de l'Ouzbékistan à l'UNESCO.

 Le 19 mai 2011, lors d'un procès contre  'Rue89',  intenté par Lola Karimova-Tillyaeva, l'avocat Antoine Germain a fait état d'une lettre envoyée par le bureau de la Maison-Europe, en Ouzbékistan,  adressée au 'Centre pour la réadaptation des enfants' de la République d'Ouzbékistan (ci-dessous Le Centre) dont la direction est assurée par Lola Karimova. Cette lettre confirme que l'Union européenne a bien attribué une somme de 3,7 millions d'euros au Centre, somme qui sera inscrite au compte de cet organisme en 2011. Cette lettre, datée du 20 avril 2011, visait sans doute à servir de caution de sérieux à Mme. Karimova devant les juges parisiens.

A la même audience, la journaliste Anaëlle Verzaux - citée comme témoin  au sujet des frais engagés par Lola Karimova   pour organiser un gala de charité au Château de Versailles en février 2010 -  a indiqué quel était le coût estimé de cette festivité. Selon ces estimations, l'organisation dirigée par madame Karimova aurait versé 230 000 euros pour la présence au gala de l'actrice bien connue Monica Bellucci. Les informations présentées n'indiquent pas si les invités ont versé ne serait-ce qu'un seul euro à l'organisation de L.Karimova mais d'évidence celle-ci  n'a rien payé de sa poche pour ce gala.

Cet épisode soulève plusieurs questions:

1. Et d'abord celle-ci : les fonds accordés par l'UE et par d'autres donateurs étrangers peuvent-ils  servir à d'autres fins que le but affiché lors de la création du Centre, tels que, par exemple, la promotion du régime autocratique dont Lola Karimova est l'un des représentants ou l'autopromotion de cette personne. Cette question s'impose d'autant plus que les informations relatives aux activités du Centre ne sont pas diffusées sur le site internet de l'organisation (qui n'en a point) mais sur le site personnel de Lola Karimova. (http://www.lolakarimova.cz)

2. L'Union européenne connaît-elle vraiment la nature et le fonctionnement du Centre auquel elle fait don d'une somme aussi importante ?

Si l'UE croit que le Centre représente vraiment la société civile ouzbek,  elle se trompe lourdement.

En Ouzbékistan, la majorité des organisations non gouvernementales (ONG) créées par des citoyens ordinaires - y compris celles ayant vocation d'aider des enfants souffrant de handicaps - ont été fermées au cours de la période 2004-2006, lors d'une campagne visant à démanteler les associations émanant de la société civile. Le régime ouzbek entendait ainsi répliquer aux 'révolutions de couleur' survenues dans quelques-uns des Etats de la CEI. Rien qu'en août et septembre 2005, quelque 200 organisations ont été acculées à la fermeture par la menace de poursuites pénales. Et même à l'époque où elles fonctionnaient encore, pas une seule ONG n'aurait pu rêver de telles largesses - 3,7 millions d'euros. Manifestement il faut être très près de la famille présidentielles pour recevoir pareille somme.

En Ouzbékistan, pour mieux surveiller la population, le gouvernement a lui-même créé des organisations  non-gouvernementales  baptisées GONGO, en russe [mot-à-mot 'ONG Gouv.' NdT) qui - à la différence des associations réellement issues de la société civile sont enregistrées en un tournemain, sans le moindre obstacle, peuvent fonctionner librement et dans des conditions favorables.

C'est ainsi que le 'Le Centre'  a été créé par le  décret N°419, pris en Conseil des ministres, en date du 7.04.2004. En voici quelques-uns des alinéas qui méritent d'être cités:

1. Dans le cadre de la 'Commission des femmes d'Ouzbékistan' il est créé un 'Centre de la République d'Ouzbékistan  pour la réadaptation des enfants’. Il faut savoir que la Commission des femmes est, de facto, une structure étatique, dirigée par le vice-premier ministre.

2. La nomination du directeur du Centre est approuvée par le Conseil des ministres et celui-ci répond de ses activités devant le Conseil.

5. Le Centre est placé sur :
- La liste des organismes qui reçoivent copie des décrets et arrêtés du Président de la République d'Ouzbékistan, des décrets et arrêtés du Conseil des ministres et des publications de l'Oliy Majilis (Parlement).
- La liste des organismes habilités à recevoir les bulletins statistiques publiés par le ministère de l'Economie et le ministère du Travail et de la Protection sociale de la République d'Ouzbékistan

8. Dans le délai de  deux semaines, la 'Commission des femmes d'Ouzbékistan' en concertation avec le ministère du Travail et de la Protection sociale et le ministère des Finances de la République d'Ouzbékistan, établira le plan définissant les rémunérations du personnel du Centre et le taux de l'impôt unique applicable.

9. Dans le délai d'un mois, la municipalité de Tachkent attribuera un bâtiment au Centre en s'assurant qu'il convient à son fonctionnement et ses activités; elle y fera procéder en tant que de besoin aux réparations nécessaires et veillera à ce qu'il dispose d'un service téléphonique.

10. Le vice-premier ministre de la République d'Ouzbékistan est chargé du suivi et du contrôle de la mise en œuvre du présent décret.

Voilà comment le régime met en scène l'existence d'une société civile en Ouzbékistan et sollicite instamment  des donateurs étrangers pour qu'ils financent les pseudo-ONG qu'il a créées. Dans le même temps, les activités des associations de citoyens n'ont pas de statut légal et leur fonctionnement est considéré comme une infraction tandis que ceux qui en sont membres encourent de graves conséquences.

D'autres questions se posent encore et plus particulièrement à l'actrice Monica Bellucci: Madame Bellucci, en acceptant  cette somme de Lola Karimova - saviez-vous que ces fonds proviennent d'un organisme caritatif censé apporter de l'aide à des enfants affectés de handicaps? En vous remettant ces fonds, Lola Karimova a privé des centaines d'enfants dans le besoin de la possibilité de recevoir les secours qui leur étaient nécessaires. Et si vous l'ignoriez alors, le savez-vous aujourd'hui? Qu'allez-vous faire de cet argent ?

A lire les requêtes de Lola Karimova contre 'Rue89' entendues récemment au tribunal, il semble que madame  Karimova soit fort préoccupée par l'image du régime dictatorial ouzbek telle que la brossent des journalistes au demeurant très compétents  travaillant dans cette rédaction. Et qu'elle s'efforce de la nettoyer ou - pour ainsi dire - de la 'blanchir', pour reprendre le vocable d'un journaliste français. Toutefois, on peut se demander, au vu des faits récemment mis au jour, s'il ne s'agit pas non seulement de 'lessiver' ou 'blanchir' l'apparence du régime mais si les fonds destinés à secourir des enfants n'ont pas été eux aussi 'blanchis'.

Dès lors que les activités de l'Etat et des structures étatiques  ouzbeks ne sont pas un modèle de transparence, il est permis de supposer qu'un don généreux de l'Union européenne pourrait servir à satisfaire les objectifs personnels de  Lola Karimova ou à financer de somptueux cadeaux à telle ou telle star européenne célèbre.

Pour finir, il ressort du cas de L.Karimova  qu'on est en présence d'un conflit d'intérêts manifeste.  Il est clair que la nomination de cette personne à un poste diplomatique résulte soit d'ordres donnés par son père, le Président de la République d'Ouzbékistan,  soit d'une décision prise pour obtenir les faveurs du  dictateur Islam Karimov. L'Union européenne devrait réfléchir à ce problème lorsqu'il s'agit d'attribuer de telles sommes à un représentant du régime ouzbek, un régime corrompu.

Association Droits de l’Homme en Asie Centrale
Centre MBE 140, 16, rue de Docteur Leroy, 72000 Le Mans FRANCE
Tel.: +(33) 6 49 38 86 59; E-Mail:asiecentrale@neuf.fr

5.10.09

Monsieur Nicolas Sakozy Président de la République Français

Les représentants
du Mouvement de Défense des Droits Humains



Monsieur le Président,

Nous sommes extrêmement préoccupés par le sort de notre collègue, président du bureau international au Kazakhstan pour les Droits humains et le Respect des Lois, Evgheny Zhovtis.

e 3 septembre 2009, Evgheni Zhovtis a été reconnu coupable de la mort d'un piéton à la suite d'un tragique accident de transport routier et condamné à quatre ans de prison. Nous avons attentivement étudié l'instruction définitive de cette affaire et en avons conclu que la condamnation prononcée à l'égard de Zhovtis, l'avait été sur commande, ses critiques sans compromis agaçant depuis longtemps les autorités du Kazakhstan.

Monsieur Le Président,

Nous vous prions instamment de bien vouloir, au cours de vos rencontres officielles à Alma Ata, soulever la question de la libération du défenseur kazakh des droits humains Evgheny Zhovtis. L'intérêt que vous porterez au sort de ce défenseur des droits humains, qui défend sincèrement les principes des droits et des libertés de l'homme, revêt une énorme signification non seulement pour lui-même, mais également pour le développement des valeurs démocratiques de toute l'Asie Centrale.

En espérant que vous accorderez toute l'attention nécessaire à notre appel, nous vous prions d'agréer, Monsieur Le Président, l'expression de notre haute considération.


Nadejda Atayeva,
Présidente de l'Association Droits de l’Homme en Asie Centrale, France

Shahida Tulaganova,
Présidente de l'organisation "Initiative Uzbekistan" Londres

Mutabar Tadjibaeva,
Responsable de l'organisation de défense des droits humains "Club des Coeurs Ardents", Ouzbékistan
Lauréate des prix internationaux: Martina Ennalsa, novembre 2008;
Médaille de la République Française «Liberté, Egalité, Fraternité» décembre 2008;
Prix du Département d'Etat des Etats-Unis «décerné à une femme pour son courage exceptionnel», mars 2009.

Maria Karimova,
Directeur exécutif de l'Association «Pétition», France 

Bernhard Clasen,
Coprésident du groupe international de travail pour l'Instauration de la Paix, Allemagne

Jodgor Obid,
Poète ouzbek, président de l'organisation de défense des droits humains "Plate-forme", Autriche

Elin Jonsson,
Défenseur des droits humains, auteure du livre „L'Art de camoufler des crimes de masse“, consacré aux événements de mai 2005 dans la ville ouzbek d'Andijan, Suède

Ivar Dale
Président pour l'Asie Centrale du Comité norvégien d'Helsinki, membre du Comité International Norvège

International Committee for Observation of the Law in the Legal Case against Evgeny Zhovtis комуzhovtis-committee@googlegroups.com





13.8.09

Centre pénitentiaire 64/33 (Karchi, Kachkadaria region)

Cette lettre a été transmise secrètement du centre de detention de haute sécurité 64/33 (à Karchi, capitale de la province de Kachkadaria),en juillet ou en août 2009 in July or August 2009, et reçue par l'Association des Droits de l'homme en Asie centrale en décembre 2009 : Le système de torture et des exécutions extrajudiciaires en Ouzbékistan. 

―Nous écrivons cette lettre de la prison 64/33. Nous avons été emprisonnés sur de fausses accusations, et condamnés pour des motifs fallacieux sur la base de l'article 159 du Code pénal de la République d'Ouzbékistan. 121 prisonniers sont ici incarcérés sur la base de cet article. Nous sommes tous arrivés à des années différentes. Nous sommes tous différents. Nous avons tous des caractères différents, mais notre destin est le même. Nous avons vu des choses qu'aucun homme ne pourrait imaginer. Quand nous regarde nos gardiens de prison et tous ceux qui nos surveillent, nous peinons à croire qu'ils ont été enfantés par des femmes. Un être humain devrait rester humain. Mais eux sont des créatures sauvages et des monstres inhumains. La souffrance qu'il suscite chez nous est impossible à décrire. Ils nous violent avec des bâtons, nous provoquent des lavements avec du piment et nous fouettent les talons jusqu'à ce qu'ils soient en sang. Ces méthodes sont celles qui leur plaisent. Mais ce n'est encore pas assez pour eux, alors ils reviennent avec de nouvelles méthodes de torture. Ils violent des prisonniers atteints du SIDA avec des bâtons qu'ils réutilisent ensuite pour violer d'autres prisonniers. Ils rient et nous raillent : "Vous priez tous, vous vous appeler "frères", et vous n'avez pas honte de vous transmettre entre vous le VIH"?. A l'infirmerie du centre pénitentiaire, ils utilisent des seringues, qui ont déjà été utilisées par des malades porteurs du VIH. Un prisonnier qui s'appelle Holmirza a exprimé son indignation face à cela : ils lui ont injecté de force du sang contaminé par le VIH. Holmirza a ensuite été transféré dans une autre prison. On ne sait pas ce qu'il est devenu.

―Nos chers amis! Nos mères! Nos pères!
Nos tourments ne cessent de croître et ne diminuent en rien. Les tortionnaires ont focalisé leur folie sur nous. Ils savent qu'ils ne seront pas tenus responsables devant la loi. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'ils devront rendre des comptes devant Allah, devant un juge supérieur. Pour les raisons que vous connaissez, nous ne nous nommons pas. Considérez que cette lettre a été signée par 121 prisonniers.