Presse-relise
Le 29 novembre 2016 Le Mans, Berlin,
Memphis
LETTRE OUVERTE DES ACTIVISTES OUZBEKS AUX GOUVERNEMENTS DE
BELGIQUE, D’IRLANDE, DU LUXEMBOURG, D’HOLLANDE, DE SUISSE, DE SUEDE ET DES
ETAT-UNIS

Le groupe des activistes ouzbèks composé de Nadejda Atayeva, Umida
Niazova, Sanjar Umarov, Edgor Obida, Alicher Taksanov, Ismail Dadadjanov,
Dovudkhon Nazarov, Alicher Abidov, Mirrakhmat Muminov, Dmitriï Tikhonov et
Ulugbek Khaïdarov appelle les gouvernements des Etats-Unis, de Suisse, de
Suède, de Hollande, de Belgique, d’Irlande et du Luxembourg pour soutenir l’action
du Département de la justice des Etats-Unis sur la confiscation des 850
millions de dollars, acquis par les responsables corrompus d’Ouzbékistan suite
aux transactions corrompues dans le secteur des télécommunications. Les activistes
appellent ces gouvernements à ne pas restituer ces actifs au gouvernement
d’Ouzbékistan qui est responsable dans cette affaire judiciaire mais d’envoyer
ces fonds directement aux personnes victimes de la corruption c’est à dire, au
peuple ouzbek. Exemple du rapatriement légitime des actifs injustement gagnés
peut être la Fondation Bota au Kazakhstan. Si le gouvernement
d’Ouzbékistan n’accepte pas de créer les conditions pour faire travailler la
même fondation, les actifs cités doivent être gelés par un gestionnaire de
confiance, lui-même, contrôlé par les gouvernements suscités et par une société
civile ouzbek.
Cette lettre signée par les activistes est jointe plus bas et peut être
téléchargée ici. Cette lettre doit être considérée comme une première initiative,
laquelle tout le monde est invité à soutenir, tous, qui veulent que
l’Ouzbékistan prenne le chemin des réformes et devienne un pays libéré de toute
corruption. Les signatures sont ici.
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Le 29 novembre 2016
Le Mans, Berlin,
Memphis
Les actifs, acquis par l’élite au pouvoir en Ouzbékistan, suite aux
transactions de
Corruption dans le secteur des télécommunications, devraient être
confisqués et
Restitués aux victimes de la corruption
LETTRE OUVERTE DES ACTIVISTES OUZBEKS AUX GOUVERNEMENTS DE
BELGIQUE, D’IRLANDE, DU LUXEMBOURG, D’HOLLANDE, DE SUISSE, DE SUEDE ET DES
ETAT-UNIS
Nous sommes des citoyens d’Ouzbékistan, nous vous écrivons pour vous
exprimer notre espoir sur les faits que les actions engagées par le Département de la justice des Etats-Unis N° 1 :15 : cv-05063 du 29 juin
2015 et N° 1 :16-cv-01257-UA du 19 février 2016, relatives à la confiscation d’actifs, dont le montant est
de 850 millions de dollars US,
acquis suite aux transactions
issues de la corruption dans le secteur des télécommunications,
doivent être menées jusqu’à la fin avec succès et que les Etats
européens, dans les banques où sont gelés ces actifs, soutiennent ces actions
et prendrons des décisions dans les intérêts des victimes de la corruption. Les
signataires de cette lettre sont des activistes de la société civile de
l’Ouzbékistan, contraints de quitter leur patrie suite aux menaces de répression
émanant du régime de Karimov, mais qui continue à participer dans la vie
sociale de son pays.
Nous vous demandons de ne pas rendre cette somme au gouvernement
d’Ouzbékistan parce qu’il est noyé
dans la corruption systématique, qui traverse tous les niveaux de l’Etat et qui
compromet l’indépendance et l’incorruptibilité des pouvoirs exécutif,
législatif et judiciaire.
Après le décès d’Islam Karimov, les nouveaux pouvoirs ont promis de
réformer le système judiciaire et d’adopter une législation visant à lutter
contre la corruption mais nous devrions nous assurer que les paroles ne
contredissent les actions. Durant la gouvernance de Karimov, beaucoup de bonnes
lois ont été adoptées, les conventions internationales pour la défense de
droits de l’Homme ont été signées et ratifiées et aussi pour la lutte contre la
corruption. Mais dans la pratique, rien de tout cela n’a été fait, ni les lois
du pays ni les obligations internationales que le gouvernement d’Ouzbékistan
devait assumer.
Nous pensons que la somme citée devra servir à compenser les dommages pour
le peuple ouzbek, seule victime de la corruption commise par l’Etat. Compte
tenu de la faible probabilité que dans un futur proche, le gouvernement ouzbek
sera d’accord pour la distribution indépendante des actifs, nous proposons de
les geler temporairement dans une fondation transparente sous couvert d’une
institution internationale de confiance (trust), qui à son tour serait soumise
au contrôle des parties belligérantes y compris la société civile.
1. Nous
sommes contre le transfert de ces actifs au gouvernement de l’Ouzbékistan, le plus corrompu et répressif au monde.
Pour soutenir cette demande, en pièces jointes de cette lettre, vous trouverez
une courte caractéristique du système de gouvernance et de justice et aussi, de
la situation concernant les droits de l’Homme en Ouzbékistan.
2. Nous
vous encourageons à créer un mécanisme par lequel tous les actifs devraient
être restitués directement à ceux qui ont été volés – aux citoyens de la
République d’Ouzbékistan.
Le montant à confisquer est important et représente au moins de 7% du
budget annuel du pays. Nous proposons de diriger les actifs cités vers les
objectifs suivants :
1) Fond de compensation des
victimes de la torture. Nous
pouvons et devrons compter ceux qui ont subi les tortures, les victimes de la
corruption d’Etat et de la politique, car le pouvoir autoritaire utilise la
torture comme moyen pour protéger ses intérêts et ses affaires secrètes du
contrôle public. Le plus souvent, la torture est utilisée contre ceux qui
critiquent la corruption du pouvoir. La torture est la manifestation la plus
odieuse de l’arbitraire et de la corruption dans le système judiciaire du pays.
Nous demandons de créer cette fondation pour venir en aide aux victimes de la
torture qui vivent encore dans le pays et à ceux qui ont été obligées de le
quitter. Le critère d’identification des victimes de torture peut être les
données déjà publiées par les organisations de défense des droits de l’Homme,
des comités de l’ONU de droits de l’Homme et contre de la torture, les rapporteurs
spéciaux de l’ONU ainsi que les données de l’YVKB et des autorités de
l’immigration chargés de l’examen des dossiers de demande d’asile.
2) Programmes dans les
domaines de l’éducation et de la santé pour les personnes les plus vulnérables.
3) Programmes d’assistance
économique pour les pauvres sous forme de microcrédits, de développement
d’infrastructure et de services de gestion des petites entreprises.
4) En plus des mesures de compensation, les actifs devraient être dirigés
vers la création de mécanismes de
prévention et de lutte contre la corruption en Ouzbékistan, y compris des programmes pour atteindre la
transparence des finances de l’Etat, les reformes du système judiciaire et des
forces de l’ordre publiques, le renforcement de l’institution de plaidoirie
et la création d’organismes efficaces de lutte contre la corruption.
La condition principale pour la mise en œuvre des programmes proposés
ci-dessus est la non-ingérence du gouvernement ouzbek dans leur réalisation
et de leur gestion. Un précédent d’un tel programme de bienfaisance a déjà
été crée –c’est la Fondation Bota, elle a été formée à partir de moyens du
« Kazakhgate » (84 millions de dollars de US payés au président du
Kazakhstan par une entreprise étrangère et arrêtés sur les comptes bancaires
suisses). Comme on le sait, l’argent de la Fondation est allé soutenir les
enfants issus de familles pauvres et son activité était contrôlée par ses
organisateurs et aussi par les représentants de la société civile et la Banque
Mondiale. A notre avis, la Fondation Bota c’est un exemple significatif du
retour des actifs acquis malhonnêtement aux victimes de la corruption en
contournant leur transfert au gouvernement, impliqué dans la prise de pots de
vin. Nous pouvons dire que le rôle principal dans le succès de cette Fondation
est le fait, qu’elle a été créée et a fonctionné avec la participation du
gouvernement du Kazakhstan mais sans interférence et la pression de sa part.
Nous espérons que le gouvernement d’Ouzbékistan sera d’accord des conditions
similaires pour la réaffectation des actifs. Cela signifie que le programme de
bienfaisance que nous avons proposé ci-dessus, sera contrôlé par les
gouvernements des pays auxquels cette
lettre a été envoyée, à savoir, les USA, la Suisse, la Suède, la Hollande,
la Belgique, l’Irlande et le Luxembourg
ainsi que les représentants de la société civile.
Dans le même temps, nous comprenons, qu’en prenant en comparaison avec le
Kazakhstan, l’Ouzbékistan se représente comme un partenaire extrêmement hostile
et difficile pour la réalisation des projets de bienfaisance similaires avec la
Fondation Bota. Voici quatre raisons principales pour cela :
1) Si la Fondation Bota fonctionnait en Kazakhstan par l’attribution de
subventions aux organisations locales non gouvernementales, lesquelles, à leurs
tour venaient en aide à la population, ce n’est ne pas le cas de l’Ouzbékistan,
où le troisième secteur en tant que tel n’existe pratiquement pas. La majorité
des ONG indépendantes ont été écrasées entre 2004 au 2007. Essentiellement,
dans le pays ne sont restées que les organisations complètement contrôlées par
le gouvernement et la participation desquelles dans ce projet violeront le
principe de non-ingérence du gouvernement.
2) Compte tenu de l’absence de la liberté d’expression, de la presse et
des associations, un contrôle indépendant des activités des projets
bienfaisants serait impossible.
3) Durant la période de l’année 2004 à 2007, le gouvernement
d’Ouzbékistan a expulsé du pays plusieurs associations internationales, telles
que Freedom House, Fondation d’Eurasie, Institut de la Société Ouverte et
d’autres. Human Rights Watsh étair obligé de fermer son office dans le pays en
2011. Leur présence dans le pays est nécessaire à la fois pour l’observation
indépendante et pour le soutien de la société civile locale. En d’autres
termes, pour une mise en œuvre réussie des activités des programmes caritatives
ci-dessus, un environnement institutionnel et social est nécessaire.
4) Il n’y a pas de conversion de monnaie libre dans le pays. Il existe
quatre différents taux de change. La différence entre le taux officiel et le
taux du marché noire est très élevée, ce qui permet au gouvernement de
manipuler cette différence. Quand il fallait acheter les devises auprès des
entreprises et de la population, le taux officiel sous-évalué est utilisé.
Si les entreprises et la population ont besoin des devises, elles doivent
en réalité recourir à au taux de marché noir plus élevé, car les possibilités
pour elles d’acheter des devises étrangères au taux de change officiel sont
extrêmement limitées. Un certain nombre de services et de produits sont vendus
à la population pour une monnaie forte, forçant la population à l’acheter sur
le marché noire ce qui entraîne une menace entraînant de poursuites pénales.
Même si le gouvernement autorise les activités de la fondation caritative, il
forcera d’abord, à convertir les actifs de la fondation en monnaie locale à un
taux sous-évalué, raison pour laquelle, la fondation perdra jusqu’à 50% de la
valeur réelle de ses actifs.
Reconnaissant la nécessité d’un compromis avec le gouvernement ouzbek
pour créer la fondation caritative en Ouzbékistan, nous considérons qu’un tel
compromis n’est acceptable que si les conditions suivantes sont remplies :
- Supprimer
ou réduire considérablement les obstacles à l’exercice de la liberté
d’expression, de la presse, de réunion et d’association ;
- Libéraliser
la politique de conversion des devises ce qui assurerait la sécurité de la
valeur totale des fonds, destinés à des activités caritatives.
- Admettre
dans le pays et accréditer les organisations internationales non
gouvernementales, en particulier celles spécialisées dans le domaine des droits
de l’Homme et de lutte contre la corruption.
Etant donné qu’il est peu probable dans un
avenir proche, que le gouvernement d’Ouzbékistan acceptera ces conditions, la
totalité des actifs ou la majeure partie de ces derniers, devrait toujours être
accumulé dans un organisme transparent, qui rend compte aux principales parties
prenantes y compris, les gouvernements des USA, de Suisse, de
Suède, d’Hollande, de Belgique, d’Irlande et du Luxembourg ainsi qu’à la
société civile d’Ouzbékistan. Il pouvait être établi sous l’égide d’une
organisation internationale avec le mandat, l’expérience, l’expertise et la réputation irréprochable.
Le dégel de ces actifs serait possible lorsque les conditions en Ouzbékistan
arriveraient à maturité et la volonté politique apparaître pour mettre en œuvre
un programme de type fondation Bota,
Les
gouvernements de Belgique, d’Irlande, du Luxembourg, de Hollande, de Suède, de Suisse
et des USA doivent prendre la décision dans l’intérêt des victimes ouzbeks de
la corruption. Cela aidera également à protéger les entreprises occidentales contre
les accords occultes avec des fonctionnaires corrompus d’Ouzbékistan et, par
conséquence, à payer des amandes de plusieurs millions pour corruption et
tromperie de ces actionnaires.
Avec tout notre respect
Nadejda Atayeva, Association Droits de
l’homme en Asie Centrale, résident en France, n.atayeva@gmail.com (personne à contacter)
Umida Niyazova, Forum Ouzbèko allemand des
droits de l’Homme, résident en Allemagne, umida.niyazova@gmail.com (personne à
contacter)
Sanjar Umarov, ancien prisonnier politique,
résident aux USA
Jodgor Obid, poète, membre de Pen-club
International (Autriche), résident en Autriche
Alisher Taksanov, journaliste, résident en
Suisse
Ismail Lalaljanov, Forum démocratique
d’Ouzbékistan, résident en Suède (décédé le 30.11.2016)
Dovudlhon Nazarov, résident en Suède
Alisher Abidov, Association Droits de
l’Homme en Asie Centrale, résident en Norvège
Mmirraphman Muminov, Association Droits de l’Homme en Asie Centrale, résident aux USA
Dmitriï Tikhonov, défenseur des droits,
résident en France
Ulugbek Khaïdarov, ancien prisonnier
politique, résident au Canada
_________
ANNEXE: BREVE DESCRIPTIF DU SYSTEME DE GESTION, DE JUSTICE ET DE LA
SITUATION DES DROITS DE L’HOMME EN OUZBEKISTAN
Ouzbékistan – Est un pays de la corruption
systématique et persistante. Au cours des dernières années, la note du pays sur
l’indice de perception de la corruption Tranparency International n’a pas
dépassé la 153ème place parmi les 168 pays du monde. La corruption a
pénétré au plus haut niveau de la hiérarchie de l’Etat, comme en témoigne le
schéma révélé de la réception des pots-de-vin par Goulnara Karimova, la fille
de l’ex président, des compagnies des télécommunications pour un minimum de 850
millions de dollars.
Сette série d’accords de corruption a
souligné la situation déprimante dans le secteur des télécommunications, y
compris l’absence totale d’un mécanisme pour l’octroi de licences sur une base
concurrentielle ce qui a conduit à la pratique de la délivrance de telles
licences à la suite des arrangements dans les coulisses. L’agence d’Etat chargée de la réglementation du secteur, a permis
l’attribution de licences à des sociétés offshore, qui n’avaient aucune
expérience dans les affaires, sans réputation et même sans cadres, leur
permettant de revendre des licences aux opérateurs mobiles internationaux en
violation de la législation ouzbek. Depuis l’époque du scandale de la
corruption des années 2012-2014, l’état des choses n’a pas vraiment changé.
Seuls les assistants et les cadres techniques de Goulnara Karimova, sur
lesquels les sociétés offshores ont été conçues, furent les boucs émissaires en
les condamnant pour diverses peines d’emprisonnement. Les fonctionnaires de
l’Etat qui ont pris les décisions menant à des pratiques de corruption, sont
restés impunis.
Les choses n’ont pas changé avec les
nouvelles autorités. Jusqu’à présent, l’attribution des fréquences et des
licences sont résolvent en coulisses, en dehors de la législation. En outre,
après la mort de Karimov, l’ex responsable de l’agence d’Etat des
télécommunications (à présent, Ministère du développement des technologies de
l’informatique et des communications) Ablulla Aripov, personnellement
autorisant l’attribution des fréquences et des licences par le réseau de la
corruption, plus tard, limogé de ces fonctions mais a il échappé à la justice,
maintenant il est restauré au bureau du gouvernement.
La corruption à grande échelle en Ouzbékistan
ne se limite pas au seul secteur des télécommunications. Elle pénètre aussi les
autres secteurs de l’économie, en particulier dans le secteur du coton, la
construction, les sphères commerciales et dans les échanges de devise. Des
services gouvernementaux les plus corrompus sont les services des impôts, les
douanes, les tribunaux, le bureau du procureur, la milice et le service de la
sécurité nationale. La sphère des finances publiques dans son ensemble est
complètement opaque. Même le parlement ne connaît pas le montant des recettes
provenant des principales exportations, y compris provenant du coton, des métaux
non ferreux et précieux, du gaz et des produits de l’industrie chimique. La
principale chose – la société ne sait pas comment ce revenu est distribué. Il y
a des données, qui montrent que les recettes ne sont encaissées dans le budget
d’Etat, mais dans des comptes non budgétaires de la banque centrale, que le
président lui-même et le cercle restreint des personnes de son entourage en
disposent à leur guise.
La situation avec des droits de l’Homme dans
le pays est effroyable et fait partie intégrante du système de corruption
politique. Il y a des preuves qui montrent que des citoyens sont souvent
arrêtés sur de fausses accusations, par exemple, en possession de drogue, pour
évasion fiscale ou pour d’autres infractions graves. Derrière les affaires
fomentées dans un premier temps, il y trouve les motifs politiques, et dans un
autre, - les motifs de corruption, lorsque les poursuites judiciaires visent
souvent l’extorsion. Les services de sécurité obtiennent très souvent des
personnes arrêtées la reconnaissance de leur propre culpabilité ou font de
fausses déclarations contre d’autres personnes, réalisés sous l’intimidation,
la torture, l’humiliation ou par le chantage.
Compte tenu de l’expérience personnelle et
des histoires de nos collègues, amis et proches de la famille, nous pouvons
témoigner que la torture est depuis longtemps une pratique courante dans les
activités des services de sécurité et des établissement pénitentiaires en
Ouzbékistan. Le seul représentant du Conseil des Nations Unies sur les droits
de l’Homme qui a réussi à visiter l’Ouzbékistan, le rapporteur spécial de l’ONU
sur la torture Théo van Boven, après avoir visité le pays en décembre 2002, a
conclu que la torture ou les mauvais traitements similaires en Ouzbékistan
étaient systématiques. Depuis la visite de Théo van Boven, aucun autre
rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’Homme n’a pas pu se rendre
en Ouzbékistan.
L’Ouzbékistan est peut-être le seul pays au
monde, sans parler du Turkménistan, où l’Etat sponsorise le système du travail
forcé, en dépit du fait que les lois du pays et les conventions de
l’Organisation internationale du travail, signées et ratifiées par
l’Ouzbékistan l’interdisent. Chaque année, plus d’un million de citoyens sont
envoyés contre leurs volontés et sous peine de sanctions à collecter le coton.
Cette année, le département d’Etat américain dans son rapport a abaissée la
note d’Ouzbékistan au niveau le plus bas, la troisième, en raison de la
pratique encore persistante de l’exploitation forcée de masse de la population
pour la collecte du coton. Après la mort de Karimov, la situation n’a pas
changé. Comme sous le régime précèdent, l’Ouzbékistan continue d’être un pays à
pratiquer l’esclavage des travailleurs et du mépris total de ces propres lois,
aussi que du droit international dans le domaine des droits de l’Homme.
Le pays a systématiquement violées les
libertés civiles, y compris la liberté d’expression, de presse, de réunions et
d’associations. Comme dans le cas
d’Islam Karimov, alors maintenant dans le pays la séparation du pouvoir est
quasiment absente, et tout le pouvoir est concentré entre les mains d’un dirigeant
autoritaire et de son entourage. Le parlement joue un rôle plutôt décoratif, en
fabriquant des lois et des décisions qui sont préparées dans le bureau
présidentiel ou dans le cabinet des ministres. Les tribunaux, formellement, sont
indépendants mais de facto, subordonnés à l’exécutif, en particulier les
dirigeants de l’administration locale, la milice, les services de sécurité et
les procureurs, exécutant inconditionnellement ce qui dicte les chefs de ces
structures. Les plaidoiries dans le pays sont absolument impuissantes et
sont sous le contrôle total du gouvernement représente par le ministère de la
Justice. Les avocats dans leur statut actuel ne sont pas en mesure d’agir suк un pied d’égalité avec les autorités de poursuites
dans les processus judiciaire en défendant les droits des accusés.
L’intimidation des avocats sont fréquente
s’ils prennent les affaires fomentées par le pouvoir exécutif. Par conséquent,
les avocats refusent de tel cas où ils perdent
de leurs licences. Un certain
nombre d’avocats sont privés du droit de quitter le pays, ils leur interdisent
de prendre la parole lors des conférences sans l’autorisation du ministère de
la Justice.
La pratique judiciaire n’est pas du tout
transparent. Ni la loi ni la pratique ne prévoient une publication ouverte des
actes d’accusations et des verdicts judiciaires, ainsi que d’autres documents
judiciaires. Par conséquent, la société,
en règle générale, ne sait pas pourquoi telle ou telle personne a été reconnue
coupable, quelles accusations sont portées contre elle, quels arguments de
l’accusation et de la défense. Les juges, en règle générale, ignorent les
déclarations des accusés au sujet de la torture qu’ils ont subie, sans autoriser
l’examen médical sur des faits de la torture. L’audience sur les affaires
criminelles passe souvent à huis clos, sans accès au public et à la presse,
surtout s’il s’agit de cas politiquement motivés.
Les
violations des droits de l’homme sont étroitement liées à la pratique de la
corruption des organismes d’Etat. Les gens sont souvent arrêtés et emprisonnés
pour leur extorque des pots-de-vin.
L’exemple le plus récent est l’arrestation et
l’affaire fabriquée contre deux frères Ibodov, des hommes d’affaires de la
région de Boukhara. La véritable raison de l’arrestation est le refus des
frères de verser des pots-de-vin aux forces de l’ordre. L’un des frères,
Rakhim, a été condamné à 8 ans, l’autre, Ilkhom, est mort suite aux pratiques
de la torture. Le tribunal a ignoré la déclaration de Pakhim sur les tortures
cruelles qu’ils ont subi tous les deux. Les autorités ont refusé d’enquêter sur
cette affaire, devenant ainsi complices de ce crime.
Les autorités aussi emprisonnent et torturent
ceux qui tentent de découvrir des cas d’abus de pouvoir. Le journaliste et
défenseur des droits de l’Homme Dilmurod Saiid, qui a découvert des cas de
corruption dans le district de Djambaï dans la région de Samarkand a été
condamné à 12,5 années, il a contracté la tuberculeuse en prison suite aux
terribles conditions de détention.
En détention, il y a plus de 30 militants
appartenant à la société civile et des journalistes ainsi que des milliers de
musulmans, condamnés pour des raisons politiques. Certains d’entre eux ne
reviennent pas vivants des prisons ou ils sont en mauvais état de santé suite aux
tortures et du mauvais traitement dans les prisons.
Depuis 24 ans de suite, «Freedom
House» estime que le pays n’est pas libre et pendant 10 années consécutives lui attribuant
la note de «7», la plus basse dans la catégorie « droits
politiques » et « libertés civiles ». Seulement trois autres
pays ont la même faible estimation : la Corée du Nord, le Soudan et le
Turkménistan.
En tout état des choses avec ce régime au
pouvoir, le retour au gouvernement d’Ouzbékistan de toutes les sommes sorties
du pays suite à la corruption vaudra à les transférer entre les mains de
ceux qui ont volé cet argent ou qui sont impliqués dans le vol. On est presque
sûr que le montant total transféré aux autorités ouzbèkes, disparaîtra dans les
comptes extrabudgétaires et complètement non transparents. Il sera utilisé par l’élite dirigeante qui ne
rapporte à personne. Il est fort probable qu’une part de cette somme ira
renforcer l’appareil répressif à dissimuler des opérations contre les
dissidents et les combattants contre les abus de pouvoir, y compris l’embauche
des éléments criminels pour commettre l’assassinat des dissidents politiques se
trouvant hors de l’Ouzbékistan. Un des exemples de ce genre d’embauche de
tueurs professionnels par les services spéciaux ouzbèks est la tentative
d’assassinat en Suède en 2012 d’un réfugié politique ouzbèk Obidkhon Nazarov,
autre cas de ce genre, le meurtre du journaliste Alicher Saipov en 2007.
Même que si le président Karimov soit décédé,
il n’y a aucune raison de croire que le réseau corrompu des fonctionnaires du
gouvernement qu’il a fondé, régira les affaires de l’état différemment. Malgré
la rhétorique des nouvelles autorités pour la lutte contre les abus, nous
observons les mêmes pratiques de violations des droits des citoyens. Y compris
le travail forcé, les arrestations et les passages à tabac des défenseurs des
droits humains et de journalistes.
Le retour des actifs, acquis malhonnêtement,
au gouvernement ouzbèk ou l’appropriation de ces actifs par les gouvernements
des pays qui envisagent le sort de ces actifs doivent être considérés comme
actions contre les intérêts des victimes de la corruption et l’encouragement de
nouvelles pratiques criminelles. Une telle tournure des évènements
démoraliserait sévèrement la société ouzbèke et affecterait négativement la
réputation de ces gouvernements, qui se sont déclarés partisans des droits de
l’Homme et de la lutte contre la corruption. Le monde et le peuple
d’Ouzbékistan, ente autre, surveillent de près les actions de la justice et des
gouvernements de ces pays sur cette question.
Pour le moment, dans le pays, il n’y a pas de
conditions libres de suivi et de contrôle adéquates. Dans certains cas, les
activistes ouzbeks qui ont essayé de procéder à des monitorings sur diverses
questions, pour exemple, le travail forcé, dont ont souffert les autorités pour
leur rôle. Une affaire criminelle fictive a été intentée contre un défenseur
des droits humains Okhtav Pardaev, un autre militant Dmitriy Tikhonov a été
tabassé et sa maison a incendiée, ce fut clairement la réponse des autorités
sur leur surveillance sur le travail forcé. Des telles attitudes intolérante et
cruelle à l’égard des observateurs indépendants porteront atteinte au principe
de transparence et de responsabilité du fonds caritatif s’il verra le jour en
Ouzbékistan.